‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 120 sur 228 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

Le meurtre de Bérenger fut suivi d'une terrible et prompte vengeance; ce prince avait élevé à sa cour un jeune seigneur qu'il affectionnait, nommé Milon, et à qui l'histoire donne le titre de comte de Vérone. On dit que si l'empereur eut écouté les sages avis de ce serviteur dévoué , cette illustre vie n'aurait pas été aussi imprudemment livrée aux poignards des assassins ; mais il est des hommes pour qui , tomber sous les coups imprévus de l'ingratitude et de la trahison est moins cruel que soupçonner d'avance le crime, et vivre dans une incessante appréhension des traîtres et des ingrats.

Milon fit saisir et mettre à mort les meurtriers de son maître pendant que l'incendie et le pillage ruinaient Pavie. Cette capitale, qui ne sut ni se défendre ni capituler, fut prise d'assaut par les Hongrois qui la mirent à feu et à sang. Frodoard (1), auteur contemporain, dit que quarante-trois églises furent la proie des flammes ; que l'évêque de la ville et celui de Vercelli périrent dans l'incendie; que jamais

(1) FRODO ARDUS , In chron. , T. n , Rer. Franc. — Duchesne. — Liuthprand ( Eût. , lib. m, cap. 1er et suiv. ) fixe la date de ce désastre au 12 mars 924. La mort de Bérenger, que Muratori * rapporte au même mois , ne précéda que de peu de jours la ruine de Pavie.

4 Mubatorï, Ànv. d'Uni., T. v, p. 270 et suiv., annoy24.

destruction ne fut plus complète et massacre plus affreux ; qu'il ne resta de cette population si nombreuse que deux cents liabitans ; et de tant de palais et d'églises , que des monceaux de ruines. Ce récit nous paraît d'autant plus exagéré que i selon Liuthprand , on aurait vu , en peu d'années , la ville de Pavie renaître de ses cendres , aussi belle , aussi peuplée que jamais ; plus riche que Rome elle-même, à qui elle n'aurait eu à envier, dit le même historien, que les reliques précieuses des saints apôtres.

Frodoard raconte, en outre, (et Muratori paraît admettre cette opinion) que les Hongrois, chargés de butin , au lieu de s'en retourner par le Frioul, comme l'a prétendu Liuthprand, prirent le chemin de la France par les Alpes; que Rodolphe et le comte Hugues cherchèrent à rejeter ces hordes vagabondes dans des défilés étroits et périlleux ; mais que les Hongrois eurent l'adresse de s'ouvrir des issues ignorées et se répandirent dans le Languedoc. Rodolphe fit passer par les armes tous ceux de ces barbares qui tombèrent en son pouvoir (t).

Nous avons assisté à l'agonie de la formidable puissance fondée par Charlemagne ; nous avons

(I) Muratori, Annal. d'If., T. v, p. 272, anno 924

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