LIVRE II. — CHAPITRE IV
Aussi , pour Gharles-le-Simple \ la mort de Bérenger au delà des Alpes fut-elle un incident aussi stérile que l'avait été la mort de Louis IV au delà du Rhin.
Le champ restait donc libre et ouvert aux ambitions secondaires dans la Péninsule.
Le crime de Flambert avait délivré Rodolphe du seul rival qu'il crût avoir à redouter ; ce prince se hâta de rentrer en Lombardie où il fut reçu en maître.
Adalbert , marquis d'Yvrée , venait de mourir; il s'était, comme nous l'avons vu, prononcé dans la dernière guerre en faveur de Rodolphe ; son fils avait combattu contre Bérenger son aïeul. Nous avons dit que, veuf de la fille de l'empereur, Adalbert avait épousé, en secondes noces, Hermengarde, fille de Berthe, duchesse de Toscane. Hermengarde eut l'habileté de se faire un mérite auprès de Rodolphe de la prise d'armes d' Adalbert contre l'empereur. Rodolphe était jeune et impétueux; Hermengarde était belle et intrigante; elle captiva le jeune prince dont elle eut peu de peine à ensorceler l'esprit et le cœur ; et elle dirigea (1) son conseil avec le comte Boniface qui, par le succès de sa manœu-
(1) Muratoiu, T. v, p. 273, anno 92C
vre à la bataille de Fiorenzuola, avait acquis des droits à la gratitude et à la confiance du nouveau roi de Lombardie. Tout sembla sourire à l'aurore de cette nouvelle puissance. Les divers peuples d'Italie envoyèrent leurs humbles félicitations, les grands vinrent rendre hommage à celui que la fortune comblait de sa capricieuse faveur ; et Venise elle-même , qui ) par la supériorité de sa marine , dominait déjà l'Adriatique en attendant qu'elle devînt une des reines de la Méditerranée et de l'Océan, Venise lui porta aussi le tribut de sa soumission (1).
Cet enivrement des premiers instans du triomphe, au milieu d'un peuple si mobile dans ses affections comme dans ses haines , devait être de courte durée pour le prince imprudent qui avait rendu une femme telle qu'Hermengarde , arbitre de ses conseils et de ses actes !
(1) Rodolphe confirma les immunités et libertés que cette république avait acquises sous les divers souverains ses prédécesseurs.
Parmi les privilèges reconnus par ce prince, on remarque le décret qui mentionne expressément le droit de battre monnaie dont les ducs ( doges ) de Venise jouissent , dit ce diplôme, depuis une longue succession de temps.
Declaravit ducem Venitiorum potestatem habere fabricandimonetam quia eiconstitit, antiquos duces hoc continuatis temporibus perfecisse. ( Dandulus , In chronic. , T. xii. — MiiRATORi, T. v, p. 27 U, anno925.)