LIVRE III. — CHAPITRE 1er
inspirer de dévouement aux gouverneurs de ses provinces , dévouement qui , selon Liuthprand , aurait trouvé , comme nous venons de le voir ? sa cause et son mobile dans l'artificieuse coquetterie et les mœurs déréglées de cette princesse.
Les enfans de cette célèbre Berthe, fille d'une mère non moins fameuse, vont prendre une importante place sur la scène qui s'ouvre devant nous.
Hugues, l'aîné des fils de Berthe et de Théobald , gouvernait en souverain la Provence (1) et une partie de la Bourgogne , avec le simple titre de comte ou de marquis , au moment où Bodolphe était venu s'emparer du trône de Lombardie laissé vacant par la mort de Bérenger.
On se rappellera que la fille de Waldrade avait eu de son mariage avec Adalbert , deux fils , Guy et Lambert , dont le premier avait hérité du duché de Toscane, et une fille Hermengarde qui , à la mort de Ghisla , fille de l'empereur Bérenger, avait épousé Adalbert, marquis d'Yvrée.
Nous avons vu ce même marquis d'Yvrée et
(1) Le roi Bozon ( Louis IV ) avait chargé ce fils de Théobald et de Berthe de tout le royaume d'Arles , en se retirant dans le monastère de Vienne en Dauphiné. Hugues , bien que simple gouverneur, avait acquis toute la puissance d'un roi.
son fils armés par l'influence d'Hermengarde , contre l'empereur, leur beau-père et grand-père; et à la mort de ce même empereur, nous avons vu Hermengarde devenue veuve , se précipiter dans le parti de Rodolphe, dont elle était l'âme et le conseil, et gagner à cette cause les seigneurs les plus puissans d'Italie. Liuthprand affirme que cet empire, elle l'avait acheté au prix dont Berthe avait naguère payé la fidélité des seigneurs de Toscane.
Des affaires graves avaient momentanément éloigné Rodolphe de Pavie qui se relevait de ses ruines ; le nouveau roi de Lombardie, se croyant sûr d'Hermengarde, lui avait , pendant son absence, imprudemment abandonné les rênes d'un royaume que les artifices de cette femme allaient faire passer en d'autres mains.
Hugues , frère utérin d'Hermengarde, convoitait depuis la mort de Bérenger la couronne de Lombardie. Ce prince avait acquis de la renommée par l'habileté et le courage qu'il venait de déployer contre les Normands, dont les hordes sanguinaires dévastaient la Provence, et par sa brillante victoire sur ces aventuriers aux environs de Saint-Gilles. Sa sœur ef sa mère , ces deux femmes puissantes par l'intrigue et leur habileté, travaillaient en secret au succès de ses