LIVRE III. — CHAPITRE l
faire couronner ensuite à Milan dans la basilique de Saint- Ambroise , des mains de l'archevêque Lambert (1).
Enfin la voilà sur le front de Hugues , cette couronne acquise au prix de tant de promesses qui toutes bientôt se convertirent en autant de déceptions... Sur ce trône d'où elle avait précipité le généreux Bérenger, la Lombardie put enfin contempler ce nouveau monarque de son choix.
Un roi , quelqu'indigne qu'il puisse être du trône , trouve toujours des courtisans et des panégyristes. Un écrivain, dont la plume a distillé le fiel sur tant de renommées , Liuthprand a eu le courage de transmettre aux siècles qui allaient suivre, l'éloge de ce prince (2), honte du trône,
(1) Muratori, contre l'avis de quelques auteurs, * croit et nous paraît établir que les deux solennités de Y élection et du sacre eurent lieu vers le mois de juin de l'année 926.
(2) Fuit r ex Hugo, non minoris scientiœ quant audaciœ, nec inferioris fortitudinis quam calliditatis. Dei etiam cultor, sanctœ religionis amatorum amator, in paupeium necessitatibus curiosus ; erga ecclesias sollicitus, religiosos phitosophosque viros non solum amabat, verum etiam fortiter honorabat. Qui etsi tôt virtutibus ciarebat, mulierum tamen illcecebris easfœdabat. (Liuthprand, Hist.9\\t. m, cap. v. )
Nous pourrions ajouter que la flatterie du courtisan
* In not. adSigonium* Saxius.
solennissima volpe, renard consommé, selon l'expression de Muratori.
Liuthprand, dans sa jeunesse, avait été page à la cour de Hugues, qui souvent avait confié des missions d'un haut intérêt au père de cet historien (1); et le sujet reconnaissant transigea avec la conscience de l'écrivain, ou plutôt la violenta, car l'impartiale histoire est là pour donner un formel démenti à chacune de ses assertions élogieuses , et la convertir en blâme sévère.
Quel homme ! quel prince que cet Hugues !
IUe.... dolis instructus et arte pelasgâ;
Jamais politique plus glaciale, jamais duplicité plus cauteleuse, jamais hypocrisie plus sèche et plus affranchie de scrupule, ne se jouèrent plus effrontément de la foi des promesses, des droits des peuples et des devoirs d'un roi. Nul homme ne poussa plus loin la cupidité ; nul prince ne brisa
dicta peut-être autant que la gratitude de l'ancien serviteur ce portrait tracé par la plume de Liuthprand.
En effet, cet évêque historien fut chargé de missions importantes par l'empereur Othon qui , comme nous le verrons, avait épousé Adélaïde, veuve de Lothaire, fils du roi Hugues ; ce fut sans doute pendant qu'Adélaïde portait le titre d'impératrice, que Liuthprand consacra ces lignes louangeuses à la mémoire d'un monarque dont il avait été le page, et qui avait été beau-père de cette princesse.
(1) Liuthprand, lib. in, cap. v. — Muratori, T. v, p. 282, anno 927.