LIVRE III. — CHAPITRE 1er
plus résolument les liens du sang et de l'amitié pour arriver, n'importe par quels moyens , aux fins que se proposaient son ambition et son avarice. Parens, amis, ses complices même, ces crédules instrumens de son élévation, tout était sacrifié quand l'inexorable voix de son intérêt s'était fait entendre. Il parlait de clémence, tout couvert du sang de ses victimes et poursuivi par les gémissemens des malheureux que sa froide fureur avait jetés en proie à ses geôliers. Il affectait un grand respect pour l'Église et les ministres du culte, parce qu'il pouvait être parfois utile à ses vues de les invoquer à son aide, et son âme sceptique avait en mépris la religion : il riait en secret de ses dogmes et de son austérité que son cynisme outrageait par toute espèce de débauches et de scandales publics.
L'indocile Lombardie avait voulu changer de maître , et le roi qu'elle crut se donner et qu'on lui imposa, se montra bientôt mauvais fils, frère barbare, maître ingrat , ami dangereux, ennemi perfide et implacable.
Ce nouveau maître avait promis le rétablissement de l'ordre , le redressement de tous les torts , la répression de la licence. Son sceptre fit courber et les forts et les faibles sous un
niveau de fer. Il bâillonna le peu de liberté que les mœurs des temps avaient laissée aux grands et au peuple, et qu'il avait d'abord exploitée au profit de son élévation , mais qu'il appela licence et cause d'incessantes perturbations , une fois parvenu à ses fins; l'ordre qu'il rétablit fut cette stupeur d'abattement d'un peuple qui trouve un farouche despote dans l'homme qui s'était posé comme la future source de toute félicité. On avait salué la venue d'un Titus , d'un Marc-Aurèle, on rencontra un Tibère.
Le premier soin de Hugues, à peine assis sur le trône , fut de contracter alliance avec tous les princes ses voisins, sauf à lacérer plus tard ceux de ces traités dont pourraient ne plus s'accommoder les secrètes vues de sa politique. Les cours lointaines reçurent également la visite de ses ambassadeurs. Liuthprand raconte que ce fut son père qui eut mission (1) de porter à Constantin nople la nouvelle de l'avènement de Hugues au trône lombard.
D'après le récit de cet historien contemporain , l'ambassadeur reçut un accueil flatteur de Romain(Z), qui alors occupait le trône d'Orient.
(1) Année 927.
(2) Muratori s'étonne avec raison qu'il ne soit pas fait mention dans cette circonstance , de Constantin Porphy-