LIVRE 111. CHAPITRE 1er
Une plaisante aventure marqua cette mission. L'envoyé de Hugues avait été chargé d'offrir en présent à l'empereur, deux chiens d'une espèce rare et inconnue sur les rives du Bosphore, Ces deux quadrupèdes, admis à l'honneur de l'audience impériale, se mirent, pour leur compliment de bienvenue, à pousser d'affreux grognemens en apercevant l'empereur (1); bientôt ils firent plus que grommeler et aboyer, on les vit tout à coup se ruer sur l'auguste majesté, la menaçant de leurs ongles et de leurs dents , étranges lettres de créance que les courtisans et les gardes du palais refoulèrent à l'aide de leurs dagues et de leurs pertuisanes... Ce singulier incident ne nuisit en rien du reste au succès de l'ambassade de Liuthprand, qui s'en revint de Constantinople rapportant à son maître des paroles de paix et de bonne amitié.
Le moment de tenir les engagemens pris en vue de mieux s'asseoir sur le trône, arriva pour Hugues... Nous venons de voir que ce prince, n'étant encore que marquis de Provence, avait formellement promis à Jean X de le délivrer de l'oppression où le faisait languir l'ambitieuse Ma-
rogénète qui régnait alors en Orient , et qui avait associé «i l'empire ce Romain Lécapène.
(1) Liuthprand.
rosieet d'empêcher le monstrueux hymen projeté entre Guy et cette femme.... L'union tant redoutée par le pontife s'effectua sans que le nouveau roi de Lombardie s'employât pour y mettre obstacle ; et le joug sous lequel gémissait Jean X depuis long-temps , devint plus intolérable que jamais , par suite de ce mariage d'un duc de Toscane avec celle qui déjà tenait Rome et le pontife sous sa dépendance.
Jean X crut devoir demander une entrevue au roi des Lombards. Hugues, sur sa prière, se rendit à Mantoue. Le nouveau roi se montra dans cette] circonstance ce qu'il fut depuis en toutes occasions, prodigue d'excuses banales pour motiver ou colorer un manque de foi , et riche de fallacieuses promesses pour l'avenir. Il fit et dit si bien que le pontife revint à Rome , convaincu que son royal allié avait tout tenté , mais vainement pour empêcher cet hymen déplorable dans l'intérêt de Rome , des papes et de la morale publique outragée... Hugues , dans cette conférence , se montra si respectueux, si dévoué, qu'il ne resta plus à Jean X que le regret d'avoir pu douter un moment des dispositions d'un prince qui lui paraissait devoir être désormais son plus ferme appui contre ses ennemis. Ce respect, ce dé-