LIVRE III. — CHAPITRE Ier
vouement, nous les verrons se manifester bientôt par l'empiétement de toutes les prérogatives de l'Église et par la violation de toutes ses règles (1)... Jean X ne tarda pas à connaître, par une triste expérience qui lui devint fatale à luimême , tout le néant des protestations amicales d'un tel allié.
Bientôt Rome se vit plus que jamais sous le joug d'une puissance autre que l'autorité du pape. L'ombre même de cette autorité ayant fini par devenir importune à Marosie et à son époux , des brigands pénétrèrent, par leurs ordres, dans le palais de Latran , et y égorgèrent, sous les yeux même de Jean X , son frère Pietro , son ami, son seul soutien. Pressentant dans un avenir rapproché quelque grande disgrâce, Jean avait invoqué de nouveau l'assistance de son allié le roi de Lombardie ; mais Hugues avait été sourd à ce cri de détresse.
Jean , peu de jours après le meurtre de son frère, fut lui-même traîné dans un cachot où bientôt il trouva une mort déplorable. Les his-
(1) Nous aurons à signaler, entre autres mesures qu'on peut qualifier ainsi, le décret par lequel Hugues * donna à Mariasses, archevêque d' 'Arles , les évêchés de Vérone , de Mantoue et de Trente , dont les titulaires avaient été violemment expulsés
* Hist. de l'Eglise, B.-Bercastel, T. v, p. 51 et 52, noie 1,
toriens s'accordent à dire que Marosie l'y fit étrangler ; et Frodoard (1) affirme que Guy ne fut pas étranger à ce crime. Ainsi périt victime de l'audacieuse ambition d'une femme impudique, ce pape que les intrigues d'une autre femme non moins dissolue avaient élevé au trône de saint Pierre et dont le règne avait eu naguères tant d'éclat.
A Jean X succéda Léon VI (2), dont Platine loue les moeurs et le zèle; mais qui n'ayant siégé que sept mois, n'offrit aussi bien qu'Etienne VII, qui occupa deux ans le Saint-Siège après lui , que le triste spectacle d'une stérile et d'une impuissante dignité*
Tandis que s'éclipsait, pour un temps, dans Rome l'autorité des successeurs de saint Pierre qu'il avait juré de rétablir, Hugues sembla vouloir laisser sommeiller dans ses États l'hydre des discordes politiques, ou plutôt il la musela pour asseoir plus solidement sa puissance. Devenu enfin maître de toutes les positions au dedans, il attendit l'issue des saturnales du dehors pour en tirer tout le profit possible. Pen-
(1) FRODOARDUS, in Chronic., T. II. — Rer. Francor., Duchés. — Mubatori, Ann. d'ital., T. v^ p. 284, ann.
(2) Selon le cardinal Baronius , Léon VI, incarcéré comme Jean X, aurait eu le même genre de mort.