‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 135 sur 228 · LIVRE III, — CHAPITRE lfr · texte numérisé non relu

LIVRE III, — CHAPITRE lfr

danl quelque temps on le vit ne se préoccupant que du soin de cette organisation intérieure qui n'était qu'un nivellement de plomb passé sur tout ce qui pouvait autour de lui s'élever et lui faire ombrage, affectant de ne porter aucun regard de curiosité ou de convoitise hors de la limite de ses États, et laissant ses voisins en repos, sans doute pour mieux endormir ceux dont en secret il méditait la perte et convoitait les dépouilles. Se confiant en ia force compressive de son système de domination, Hugues crut pouvoir, sans compromettre sa royauté, s'absenter un moment de la Lombardie et se rendre dans ses possessions de Bourgogne où l'appelaient de graves intérêts. Depuis quelque temps l'ambition du comte de Vermandois , qui retenait captif le roi de France , menaçait de s'emparer de toutes ses provinces longeant le Rhône... Hugues dut traverser les Alpes en toute hâte pour tenter d'opposer une digue à cet envahissement; mais force lui fut, pour ne pas tout perdre, de faire le sacrifice d'une partie de ses domaines sur la rive gauche du fleuve. Il revint dans le royaume lombard avec la secrète pensée de s'indemniser de ces pertes au détriment de ses voisins d'Italie ; mais Hugues, qui croyait avoir, par ses prudentes mesures ,

rendu impossible le retour des séditions, sans songer qu'en pareil cas l'excès des remèdes préventifs engendre les maux mêmes qu'on veut éviter, Hugues retrouva l'esprit de ses sujets moins assoupli qu'il ne s'en était flatté , au joug de son despotisme.

Les yeux , quelque temps fascinés par l'éclat des promesses de l'aspirant au trône , s'étaient ouverts enfin à la triste réalité des actes du despote couronné.

Mais un grief surtout qui touchait plus qu'à la fortune et à la liberté des citoyens , un grief où se trouvait compromis l'intérêt le plus cher, le plus sacré des familles, s'était élevé plus menaçant que tous les autres, s'était redit de bouche en bouche, et, pénétrant dans tous les cœurs, y avait semé des germes d'une inquiète méfiance chez les uns , d'un implacable besoin de vengeance chez d'autres, et d'un profond dégoût chez tous.

Ce grief, c'était le scandale d'une vie effrontément livrée aux plus sales débauches (1). Non content de se montrer en Lombardie entouré d'une foule de bâtards , triste et honteux témoignage de ses déportemens passés, Hugues en

(1) GIULINI, Storia di Mil., T. il. — MURATORI, Ami. d'il. , T. v.

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