‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 139 sur 228 · LIVRE III. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE II

Cet acte rigoureux , ajoute Muratori , servit à accroître la renommée de Hugues 'et à faire craindre et respecter sa puissance non seulement à Pavie, mais dans tout le royaume lombard, succès que n'avait pu obtenir le trop indulgent empereur Bérenger.

Nous allons suivre Hugues dans le nouvel essor que ce facile triomphe donne à son ambition... Mais au milieu de ces rêves fastueux qui devaient aboutir à sa ruine et à sa honte , une sombre pensée vient l'assaillir.

Un roi, s'il n'avait l'oreille ouverte qu'à la voix fallacieuse des courtisans ) mettrait bientôt en oubli, pour ce qui le regarde, la fragilité des choses d'ici bas et même de la vie humaine; mais les conspirations ont leur voix aussi , voix terrible, voix de revers qui parfois vient avertir les puissans de la terre, au milieu de leur léthargique félicité , qu'eux aussi sont hommes fragiles et mortels. Alors le souverain qui a usurpé le trône , ou qui n'y est monté qu'à l'aide de fallacieuses promesses qu'il a depuis mises en oubli , jette un regard inquiet sur ses enfans à qui ni l'affection des peuples, ni la loi antique ne garantit l'hérédité de son pouvoir, et il songe à conjurer l'orage qui , grondant autour de lui , menace surtout sa descendance.

Disons encore qu'en des temps où des rois légitimes sont peu certains de transmettre la couronne à leurs héritiers naturels , ceux que la violence ou la ruse a mis en possession d'un trône, doivent être assaillis par de bien plus poignantes inquiétudes, et y ajouter la crainte de se voir dépossédés par les mêmes armes qui naguères les ont aidés à triompher.

Hugues croyant , en suivant l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs , mieux assurer cette hérédité à sa famille , se hâta , dès qu'il fut maître de la première sédition , de s'associer pour collègue à la royauté, son fils Lothaire '; et le fît proclamer roi par une diète générale où se rendirent tous les grands de l'État (1).

Mais bientôt ce trône partagé ne peut plus satisfaire son ambition. Ce prince, d'ailleurs, est travaillé par le besoin incessant de se dédommager des pertes que lui a coûtées du côté de la France l'agression du comte de Vermandois. Deux projets plus qu'audacieux surgissent et fermentent en même temps dans sa tête.

Guy, son frère utérin , époux de la scandaleuse Marosie, avait suivi de près le pape Jean X dans

(1) Selon Sigonius, Lothaire aurait été proclamé roi en 932 : selon Rossi, en 930. — Muratori établit que l'avènement du jeune roi eut lieu en 931. {Ami. d'It., T. v; p. 289.)

LIVttE 111. — CHAPITRE II. 275

la tombe. Marosie était restée seule maîtresse de Rome ; les grands subissaient le joug de sa déplorable influence , le peuple suivait le torrent ; l'impudique femme disposait de la tiare; c'était presque tenir dans ses mains la couronne impériale , oubliée, perdue de vue dans ces temps d'anarchie. Hugues ose concevoir le hardi dessein d'épouser la veuve de son frère, de succéder aux autres époux ou amans de cette infâme Marosie qui venait de placer sur le trône pontifical le fils que , selon quelques historiens , elle avait eu du pape Sergius III (1). Ce fils, tout jeune encore , portait le nom de Jean XL

Hugues se dit : « Époux de Marosie et maître » de Rome , la couronne de Charlemagne est à » moi. »

Guy , Lambert , un bâtard de Carloman , un Rérenger, un Louis de Provence , ont bien porté ce diadème , pourquoi appréhenderait-il de s'en décorer à son tour, lui qui par Lothaire de Lorraine descend aussi du fondateur de l'empire?... Mais avant de tenter cette grande entreprise et de se diriger sur Rome , il lui faut ac-

(1) Muratori repousse cette assertion et la combat , en soutenant l'opinion que Jean Xï était fils du marquis Albéric , attendu que ce fils naquit pendant que ce prince était l'époux de Marosie. Les deux opinions peuvent fort bien se concilier par la maxime fameuse : Pater est... etc.

complir l'autre projet que lui a suggéré la mort de Guy. Cette mort a livré le duché de Toscane à Lambert , second fils d'Adalbert et de Berthe. Tandis que ce Lambert, frère de Hugues seulement par sa mère , est en possession de la plus belle principauté de l'Italie, le jeune Boson, frère aussi du monarque , mais de père et de mère, languit inoccupé, oisif à la cour de Pavie.

Enlever la Toscane à Lambert, et investir de ce duché Boson , en qui il trouverait certainement un vassal plus docile que ne saurait jamais l'être le fils d'Adalbert, ne serait-ce pas pour Hugues prendre possession lui-même de ce riche héritage? Mais comment parvenir à déposséder Lambert? La voie des armes en cette occasion répugnait à sa politique.... Voici, d'après Giulini , Muratori et tous les historiens d'Italie, y compris Liuthprand lui-même , ce hardi panégyriste de Hugues , voici le moyen qui s'offrit à l'esprit pervers du despote pour assurer la réussite de son plan ; ce moyen , nouvelle et sanglante flétrissure pour la mémoire de sa mère , Hugues seul était capable de le concevoir et d'y recourir.

Ce prince fait répandre le bruit que Berthe sa mère n'a pas eu d'enfans d'Adalbert, son mari, duc de Toscane ; que Guy, Lambert et Hermen-

Page 1