LIVRE III. — CHAPITRE II
garde , dont les intrigues et les efforts réunis l'ont élevé au trône lombard , ne sont que des enfans supposés ; que Berthe les a empruntés à d'autres femmes et les a fait passer pour les siens propres, afin de pouvoir, sous leur nom, continuer à régner sur la Toscane après la mort de son mari (1) ; qu'en conséquence Lambert n'a aucun droit à la souveraineté d'un duché dont la fraude seule l'a fait maître. Le roi de Lombardie pensait que pour peu que ce bruit vînt à se propager et que cette opinion s'accréditât, la déchéance de Lambert, prononcée, effectuée par Hugues lui-même , ne paraîtrait plus ni odieuse , puisque Lambert ne serait plus considéré comme le frère de Hugues, ni injuste, puisqu'on ne verrait plus en lui un fils et un héritier naturel d'Adalbert.
Lambert s'indigne de ces rumeurs outrageantes répandues par le roi lui-même ; il demande à Hugues, selon la singulière coutume de cette époque, l'épreuve du combat. Le roi désigne pour son champion un jeune homme nommé Tédiïin; Lambert se présente lui-même dans la lice , il terrasse son adversaire; mais cette victoire du fils d'Adalbert n'empêche pas son perfide frère
fi) Liuthprand, Hist., lib. ni, cap. xiii.
de s'emparer de sa personne, de lui faire crever les yeux , et d'investir Boson du duché de Toscane (1).
Ainsi, l'un après l'autre, devaient tomber, brisés par la main de Hugues lui-même , ceux qui furent les premiers , les plus résolus artisans de sa grandeur et de sa fortune... Déjà l'ombrageux monarque, en reconnaissance de toutes les intrigues ourdies par Hermengarde pour assurer le triomphe de sa candidature au trône de Lombardie, l'avait dès long-temps condamnée à une complète impuissance. Cette femme audacieuse vécut depuis aussi délaissée et obscure qu'elle avait été jadis brillante et courtisée.
Hugues, après le succès de sa lâche machination contre Lambert, songe à réaliser son
(1) Muratori, Arm. (Th., T. v. — Giulini, Storia di Milano , T. II. Muratori croit que la race d'Adalbert ne s'éteignit pas avec Lambert , et présente des raisons assez plausibles de croire qu'il resta de lui ou de Guy, son frère , ou même de leur oncle, quelque prince de la maison d'Est. « Illustre maison , ajoute Muratori , * qui refleurit de nos » jours dans la royale famille de Brunswick , régnant en An- » gleterre et en Germanie, et dans la maison des ducs de Mo- » dène. >î Si Guy ou son frère donna le jour au prince qui fut la tige de la maison d'Est , cette illustre maison , les ducs de Modène et la maison de Brunswick trouvent leur souche commune par les femmes , dans les amours de Lothaire et de Waldrade.
* Ann. (VU., T. v. p. 292.