‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 141 sur 228 · MVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

MVRE III. — CHAPITRE II

autre projet. Il se rend à Rome où il épouse Marosie dont il avait eu soin de faire sonder les dispositions secrètes avant de hasarder ce voyage ; mais bientôt l'esprit altier de la noblesse romaine se lasse de l'orgueil et de la dureté de ce nouveau maître qui croit déjà tenir en mains le sceptre des empereurs.

Marosie , mère de Jean XI , avait un autre fils nommé Albéric , qui ne le cédait en rien à Hugues pour l'ambition, pour la violence et lâpreté du caractère, pour la force et l'inflexibilité de la volonté. Ce fils supportait plus impatiemment que personne un joug d'autant plus intolérable pour lui , qu'en sa qualité de fils du marquis Albéric, il aspirait lui-même à dominer dans Rome.

Un jour, au moment de se mettre à table , le jeune prince, cédant au désir ou plutôt contraint par l'ordre de sa mère, donnait à laver au roi ; il le fit de si mauvaise grâce , que son beau-père irrité le frappa au visage du revers de sa main. A cet intolérable affront, Albéric sort furieux de la salle , assemble ses amis et raconte l'indigne traitement qu'il vient de subir. On s'écrie de toutes parts : « Quels » outrages le tyran réserve-t-il donc aux simples )> citoyens de Rome, s'il traite ainsi des princes

» ses égaux? » Les cloches s'ébranlent, le peuple est appelé aux armes; Rome n'est plus qu'un vaste camp. On ferme les portes aux troupes lombardes campées hors des murailles, et l'on court assiéger dans le château Saint-Ange le roi Hugues à qui son armée est dans l'impossibilité de porter secours; car cette armée, rassemblée pour lui servir de pompeuse escorte dans les solennités de son hymen avec Marosie, n'eût pas été en nombre pour résister aux efforts réunis de tous les habitans de Rome. Aux menaces , aux cris de mort qui l'entourent, Hugues ne pense plus qu'à opposer la fuite. Il se fait glisser avec des cordes du haut d'une fenêtre dans les fossés de la forteresse ; il en franchit à grand'peine les escarpemens, parvient, après beaucoup de fatigues et d'obstacles, à rejoindre ses troupes , et peu soucieux du sort que la rébellion réserve à sa nouvelle épouse laissée par lui éperdue , mourante d'effroi au môle d'Adrien , il se hâte de fuir loin de Rome et de reprendre le chemin de la Lombardie.

Les Romains , après ce triomphe , déclarent qu'ils ne veulent plus s'assujettir à la capricieuse autorité d'une femme qui , par son humeur fantasque et ses passions désordonnées, semble devoir leur imposer une honteuse série de despotes

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