LIVRE III. — CHAPITRE II
plus en plus pesante et tyrannique , quand le malheureux Jean XI , dominé, maltraité par son frère, jeté enfin comme sa mère Marosie, dans un cachot par son barbare oppresseur, y termina sa triste existence. Il eut pour successeur au trône pontifical Léon VII (1). Loin d'ambitionner cette dignité devenue si fatale, le nouveau pape avait cherché à l'éviter, par l'appréhension moins des périls dont elle était entourée que de l'immensité des devoirs que lui imposait cette grande charge.
Un esprit de forte trempe se rend maître d'une situation où la faiblesse et l'impéritie n'ont rencontré que honte et péril ; la main de l'homme fort trouve à manier un sceptre là où un bras pusillanime a subi l'étreinte d'une chaîne honteuse.
Jean XI courbait sa tiare , rampait en esclave sous Albéric et mourait son captif et sa victime; Léon VII , relevant la couronne pontificale et lui rendant en partie son éclat , osa prétendre et parvint à dompter le maître farouche de Rome. Malheureusement ce pape , remarquable par la grandeur de ses vues , par la sagesse de ses démarches , par son aménité et sa douceur jointes à une grande vigueur d'esprit et de résolution ,
(1) GmriNT. — Muratori, ann. 936.
fourni l une carrière trop courte pour les besoins de la chrétienté.
Nous venons de voir reparaître de toutes parts les redoutables ennemis de la Péninsule : les Sarrasins continuer leurs rapines et redoubler d'audace ; les Grecs inquiéter quelques parages d'Italie ; les Hongrois , de leur côté , recommencer à faire acte de présence sur les frontières du Nord. . . Et nous avons gémi de voir, au milieu de tant de maux , le roi de Lombardie rester inactif et laisser la chrétienté en butte à mille nouveaux périls.
Léon Y1I , qui attribue en partie cet abandon à la discorde soulevée depuis trop long-temps entre Albéric et Hugues , cherche à rapprocher ces deux cœurs irrités l'un contre l'autre»
D'abord ses démarches sont vaines ; mais il ne se rebute pas : il sait qu' Odon (1), abbé de Cluny, est doué de la plus persuasive éloquence, que sa parole est entraînante et irrésistible. Il fait venir de France le saint abbé dont les pieux efforts opèrent , au moins en apparence, le double prodige d'effacer du cœur de Hugues le ressentiment de son expulsion de Rome, et d'étouffer dans l'âme du fier Albéric l'amer sou-
(1) Hist. de l'EgL, B.-B., T. v.