‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 15 sur 228 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

» On trouva, dans le corps de quelques uns de » ces insectes \ des épis de blé entiers. »

Andréa raconte d'autres merveilleuses choses survenues en cette même année. « Le jour de » Pâques, dit cet historien, on crut apercevoir, » dans plusieurs localités et sur les arbres, les » traces d'une pluie de terre ou de cendres* » Le 4 mai , il tomba une rosée si froide qu'elle » gela et dessécha les feuilles des arbres. »

D'après les Annales de Fidde , une pluie de sang (1) serait tombée à la même époque en Ita-

(1) On parle toujours, comme on le sait, de pluies de soufre , de sang, de laine, de fer, de pierres, de cendres, de poissons, de grenouilles, etc.

Nous nous bornerons à quelques observations sur les prétendues pluies de sang et de cendres.

11 est incontestable que des gouttes d'une teinte rouge tombent quelquefois en abondance de l'atmosphère. On croit généralement que cela n'arrive que dans les lieux et les instans où des essaims de papillons ou autres insectes qui épanchent un suc rouge , traversent les airs. Ce suc est répandu au moment où ils se dégagent de leurs enveloppes de nymphe pour déployer leurs ailes. Cette observation fut faite par M. de Peyrèse, qui vivait au commencement du XVIIe siècle , et appuyée par Beuman et par Swamerdam. On a cru aussi remarquer que cette prétendue pluie de sang arrive à des époques de tempêtes et surtout en été. La plupart des insectes qui cherchent leur pâture sur les branches des arbres, sont emportés par de gros vents et déchirés en pièces , ce qui fait qu'en tombant ou en fuyant ensanglantés, ils laissent partout des traces rougeâtres.

Quant aux pluies de cendres, ce phénomène s'attribue généralement à quelque grand incendie, à un volcan , et à quelque vent violent qui pousse les cendres du volcan ou de

lie pendant trois nuits et trois jours. Giulini dit à propos de ce phénomène : « Il est possible » que cette pluie de sang ne soit pas autre chose

l'incendie, ou même la poussière d'un lieu dans un autre,, à d'immenses distances.

Les phénomènes qui ont marqué l'année 873 sembleraient venir à l'appui de ces observations. Aucune grande éruption de volcan n'est signalée, il est vrai, pour cette année, par les historiens ; mais sans nous prévaloir du fait que les grands volcans tels que le Vésuve et Y Etna, jettent presque toujours, sans être en éruption, de la fumée et des cendres, nous chercherions à expliquer le prodige qui effraya les populations d'Italie auixe siècle, de la manière suivante.

Les myriades de sauterelles qui couvraient le pays, battues par les vents impétueux * qui les avaient apportées d'Orient, brisées contre les arbres et contre les murs, auront laissé partout des traces de sang, et la poussière emportée par la violence de ces mêmes vents, s'étant mêlée au sang de ces insectes, aura produit la pluie de terre ou de cendre rouge dont parlent les vieux chroniqueurs. Pour ce qui est de la reproduction du même prodige, selon Giulini, dans le courant du siècle dernier sur les bords du lac de LuganOy peut-être faut-il l'attribuer à peu près aux mêmes causes. Si cependant le phénomène n'eut lieu que sur les eaux de ce Lac, nous l'aurions expliqué comme les hydrologistes l'ont fait , par une singularité de même nature, qu'offrirent en 1603, les eaux du lac de Zurich, et, en 1703, celles du lac de Délitz. Ces eaux devinrent tout à coup rougeâtres , et l'on s'effraya et l'on parla d'une pluie de sang.

L'examen fit reconnaître que des courans d'eaux bitumineuses, chargées d'ocre rouge de fer, s'étaient mêlés aux eaux de ce lac. « Peut-être, dit Valmont de Bomare** » y eut-il une irruption soudaine, comme il en arriva dans

* Le grand naufrage de la flotte musulmane dans l'Adriatique vient témoigner de la violence de certains vents qui régnèrent à cette époque en Italie.

** Dicl. d'IIist. nat, T. m, art. tac.

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