LIVRE 111. — CHAPITRE
et n'est pas peu surpris ? à son retour à Pavie , de voir Bérenger l'accueillir avec toutes les marques du respect dû à la majesté royale.
Mais Bérenger lui avait tendu un piège ; les trésors immenses que Hugues faisait filer vers les Alpes , pouvant plus tard venir en aide à ce roi pour reconquérir, par la corruption et par la force , le sceptre de Lombardie , son rival préfère qu'il reste en Italie, qu'il y conserve sa royauté plus compromise et moins redoutable sur un trône avili que dans l'exil : car s'il rend le titre de roi à Hugues , il s'en réserve toute l'autorité sous celui de marquis d'Yvrée.
L'astuce de Bérenger exploita merveilleusement cette position équivoque , à double fin , en éludant, sous prétexte d'une autorité plus forte que la sienne , l'accomplissement des promesses prodiguées naguère pour se créer des partisans, tout en usant de la plus large faculté pour combler ses affidés de faveurs et de biens au détriment des amis et même des parens du roi.
Ainsi, par exemple, on le vit (1) retirer des mains du marquis ou duc de Toscane, fils naturel de Hugues , le duché de Spoletti pour le conférer au comte Boniface , ce seigneur puis-
(1) MljRATOiu, Ami. (Vil., année 9&(i
sant, beau-frère du roi Rodolphe, dont l'habile manoeuvre à la bataille de Fiorenzuola avait ramené la victoire sous les drapeaux du prince bourguignon.
Hugues ne put se courber long-temps sous le poids d'un aussi humiliant abaissement. Il ne subit ce supplice que tout le temps nécessaire pour faire secrètement passer en Provence les trésors dont il avait dépouillé l'Italie , et qu'il avait eu l'adresse de soustraire à l'ardente convoitise de Berenger.
Quand il se sentit en mesure, il quitta furtivement la Lombardie, laissant son fils à la discrétion du marquis d'Yvrée y et repassa les Alpes.
Selon quelques historiens , Hugues se serait retiré dans un couvent d'Arles, qu'il aurait doté d'une partie de ses richesses et où il serait mort bientôt après.
D'autres écrivains, sur la foi de Liuthprand, croient avec plus de fondement selon nous , que ce prince trop fameux , à peine arrivé en Provence , sentant sa fin prochaine , se borna à s'envelopper , selon l'usage de ces temps-là , dans un habit de moine, et qu'il attendit la mort sous ce vêtement, en signe de repentir et en expiation de ses fautes.
Hugues avait régné en Italie vingt et un ans ,