‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 164 sur 228 · LIVRE 111. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE 111. CHAPITRE

neuf mois et trois jours. Si son génie, qui le poussa au mal, s'était tourné au bien, ce prince eût été peut-être un grand homme. Le problème d'une si longue domination sur un peuple remuant , indocile , inconstant , une grande habileté seule a pu le résoudre , surtout au milieu des scandales publics et privés dont la cour de ce roi donna le triste spectacle , et qui peutêtre l'engagèrent dans la voie périlleuse où il trouva sa perte.

Bérenger, qui le suivit de près sur le trône, eut tous les vices de Hugues sans en avoir le génie.

Confier Lothaire au perfide marquis d'Yvrée , c'était vouer le jeune prince à des périls incessans, à des malheurs plus grands que l'exil ; c'était livrer l'innocente proie aux serres du vautour. Dieu n'accorde pas la faveur de l'exil à tous les fils de rois déchus. Il en est, comme Lothaire, comme le fils de Louis XVI, qu'il livre, jeunes et innocentes victimes, à la férocité de leurs bourreaux ; il en est, comme Joas , que dans sa sagesse providentielle il écarte à propos des marches du trône , pour l'accomplissement de ses vues mystérieuses , laissant à d'autres les angoisses et les périls d'une grandeur trop environnée d'abîmes.

Habitué, sous le joug paternel, à ne porter la couronne que comme un joyau brillant, Lothaire , dans les premiers temps de son règne , depuis la fuite de son père , ne connut pas davantage, sous Bérenger, les droits et les prérogatives de la royauté.

La fille de Rodolphe de Bourgogne, Adélaïde, d'abord fiancée de Lothaire , était devenue (1) sa femme quand elle eut atteint sa seizième an» née. Absorbé dans la contemplation de la beauté de sa jeune épouse , sous le charme des précieuses qualités et des rares vertus de cette douce compagne , ajoutant bientôt à cette première félicité l'ivresse non moins grande de se voir renaître dans un enfant adoré (2), tout à ce bonheur intime , calme comme sans mélange , le fils de Hugues ne s'était pas aperçu qu'il ne portait qu'une couronne avilie , et qu'il n'était roi que de nom.

(1) En 9^7, contre l'opinion des pères Mabillon et Pagi, qui font remonter les noces à Tannée 937. Muratori, se fondant sur ce qu'écrit saint Odillon dans la vie de sainte Adélaïde^ et sur un document existant dans l'église de San- Saivador de Pavie , pense avec raison que les fiançailles eurent lieu en 937 et le mariage en 9U1. (T. v, p. 235, anno 950.)

(2) Cette enfant, du nom à' Emma, monta quinze ans après sur le trône de France, par son mariage avec Lothaire, souverain de ce royaume.

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