LIVRE 111. — CHAPITRE
Le jeune monarque, réveillé enfin de son enivrante léthargie par les remontrances de quelques amis dévoués , parut un moment s'apercevoir que le double bonheur de père et d'époux n'était pas le seul but d'une vie royale ; on lui fit même comprendre tout le péril d'être ainsi à la discrétion d'un homme tel que Bérenger. Mais que faire? Les bras qui enlaçaient la victime n'auraient fait que l'étouffer plus tôt, si elle eût cherché à se débattre. Il n'était plus temps de recourir à des voies énergiques. Un autre moyen s'offrit au zèle des amis dévoués de Lothaire. Il est probable que les soins qu'on se donna pour conjurer le péril ne firent que précipiter la catastrophe.
On raconte que Constantin , empereur d'Orient et beau-père de Berthe ou Eudoxie , sœur du jeune roi , prévenu des justes appréhensions des amis de Lothaire, fit représenter à Bérenger que la jeunesse du fils de Hugues était confiée à sa sagesse et à sa loyauté ; il lui fit dire encore qu'il verrait avec plaisir des ambassadeurs de Lombardie à la cour de Constantinople , venir lui porter l'assurance que la tutelle du jeune roi était en de sûres et fidèles mains (1 ).
(1) LllJTHPlUND. — MURATORI. — GlULlNi, etc.
L'historien Liuthprand, évoque de Crémone et ancien page de Hugues, était en ce moment l'un des secrétaires de Bérenger. Ce fut lui que le marquis d'Yvrée chargea d'aller porter, en son nom , à l'empereur d'Orient , les plus formelles protestations d'amour et de fidélité à son jeune souverain.
Liuthprand raconte qu'il partit pour Constantinople i fier et heureux d'être le porteur auprès de l'impératrice Eudoxie de ces consolantes assurances. Mais Bérenger, prodigue de belles paroles , et avare en fait de largesses et de dons, avait feint d'oublier que les ambassades princières n'approchaient du trône impérial d'Orient que chargées de riches offrandes... A la vue des présens magnifiques que portaient aux souverains du Bosphore les ambassadeurs d'Othon de Germanie et deRamire II , roi d'Espagne , Liuthprand fut saisi de honte , lui qui n'avait rien à offrir que des phrases pompeuses de la part de son maître. Plutôt que de se résoudre à paraître les mains vides au pied de ce trône éblouissant de magnificence , il prit le parti d'offrir à l'empereur, au nom de Bérenger, quelques riches joyaux et quelques élégantes parures qu'il avait achetées de ses propres deniers. Ces présens et les protestations de fidélité présentées au nom