LIVRE III. — CHAPITRE V
La cause , le secret de tout ce retard étaient à Rome !
Rome , qui seule jusqu'alors avait donné la couronne impériale d'Occident, et ce titre de César auquel aspirait la noble ambition d'Othon , Rome n'avait rien dit encore , ou plutôt , comme nous l'avons vu , elle avait , par l'influence d'Albéric, repoussé Othon sous le pontificat du vertueux Agapet II. Cette fois le roi de Germanie voulait , comme jadis Charlemagne , n'arriver dans la Péninsule qu'appelé par le souverain pontife , et n'y plus paraître que pour y recevoir, de la main du successeur de saint Pierre, le diadème impérial. Chose étrange! le plus indigne des papes devait placer cette brillante couronne sur le front du plus grand des rois.
Àlbéric était mort; son fils Octavien avait hérité de son pouvoir en qualité de patrice et de seigneur de Rome.
Agapet II , ayant suivi de près Albéric dans la tombe , le jeune Octavien avait eu l'audacieuse pensée , à l'âge de dix-neuf ans , de réunir dans ses mains l'autorité spirituelle et celle de prince temporel.
Proclamé patrice de Rome par les Romains , il s'était fait reconnaître pape sous le nom de
Jean XII par l'Église, que déjà il gouvernait depuis quatre années, lorsque, de tous les points de la Lombardie, des prélats, mécontens de Bé~ renger, lui demandèrent de joindre ses instances a leurs démarches pour attirer Othon dans la Péninsule.
Othon n'attendait plus que le signal de Rome pour se décider à ce grand acte qui opéra une immense révolution dans le monde. Il partit sur le simple signe d'un enfant, sur l'appel d'un jeune voluptueux, sans pudeur et sans frein, qui avait ajouté aux malheurs et à la honte de cette triste époque en osant s'asseoir sur la chaire de saint Pierre.
Le roi de Germanie , avant de s'éloigner, veut assurer sa couronne à Othon , devenu son fils aîné depuis lamortdeLudolphe. Le jeune prince, fils d'Adélaïde , avait alors sept ans. Une diète générale, réunie à Vormazia, le proclame roi des Germains (1), et Othon-le-Grand part aussitôt après pour la Péninsule avec de nombreuses troupes.
Le chroniqueur (2) anonyme de Salerne raconte qu'Adalbert , fils de Bérenger, s'était porté au devant des troupes germaines, à la tête d'une
(1) Année 961.
(2) Anonym. Salernit. , T. il, p. 1. Rer. itaù, p. 299.