CHAPITRE ïev. — PREMIÈRE ÉPOQUE
talie j mais dont elle ne fut que bien rarement le sanglant théâtre : telles furent les misères qu'elle connut sous les Francs.
Mais ces sortes de maux se retrouvent aux époques les moins calamiteuses et les plus civilisées dans l'histoire de toutes les nations. Dommages passagers que rachetèrent de glorieux triomphes et les efforts des Francs pour ramener au sein du royaume conquis, le bienfait des lumières et d'une législation progressive : malaise enfin qui, mis en balance avec les biens dus à cette domination de l'étranger, ne doit laisser dans la mémoire des peuples vaincus que des souvenirs de gratitude, et de la sympathie dans tous les coeurs.
Un trône à la fois électif et héréditaire , un pouvoir tantôt déféré par l'élection dans des assemblées de grands et d'évêques , sous l'empire de passions violentes et d'ambitions effrénées ; tantôt légué par la seule volonté du prince qui le quittait; quelquefois échu par le droit et sous l'invocation de la primogéniture et de la légitimité ; d'autres fois enfin, tombant aux mains du plus fort et du plus prompt à le saisir , un tel pouvoir portait dans sa propre nature le germe de sa destruction prochaine.
L'abaissement de la royauté carlovingienne
amena en Italie l'écroulement de la domination française établie par elle , et minée comme elle par le double vice de son origine, et d'une constitution encore plus flottante , encore plus indécise.
Trop dépendant de la couronne de France, le trône de Lombardie, outre les embarras et les périls qui lui étaient propres , dut chanceler à chaque coup de bélier porté à la base de l'édifice qui l'étayait. Et nous avons vu des mains lombardes pousser, elles aussi , à ce fatal ébranlement qui amoncela de nouvelles ruines sur les débris d'une domination à laquelle la Lombardie dut de si longues années de gloire et de prospérité.
Les véritables maux vont, du fond de la Germanie, fondre incessamment sur les contrées italiennes et se mêler aux tourmentes dont les germes dissolvans surgiront du sol même de la Péninsule.
Ère nouvelle , ère de troubles, de confusion, d'anarchie qui aura aussi ses momens d'éclat et de gloire, époque fiévreuse de transition, crise sanglante où va s'opérer en Lombardie la transformation définitive de la domination française en domination germanique.