CHAPITRE II. — DEUXIÈME ÉPOQUE
riches possessions cle l'Inde, vont jeter le monde dans une large voie de conflits et de perturbations. Il va falloir poser de nouvelles bases d'États et de distributions de territoires pour assurer l'équilibre européen.
L'Autriche, la France, la Prusse, ont un immense intérêt à empêcher que, par des accroissemens démesurés , l'Angleterre et la Russie ne deviennent les deux seules grandes puissances du monde.
Il importe à la France et à l'Autriche, à la France surtout, que la Méditerranée ne soit pas complètement convertie en un lac britannique.
L'Angleterre, si elle devient maîtresse d'Alep et du cours de l'Euphrate , de Suez et de la mer Rouge, tiendra les clés du commerce de l'Orient.
Déjà elle ferme l'Adriatique par Corfou; elle veille à l'entrée du bassin oriental de la Méditerranée par Malte, entre Tunis et la Sicile, comme elle en ferme le bassin occidental par Gibraltar.
Ainsi procède la politique anglaise. Quelques points habilement choisis lui suffisent pour dominer une vaste mer où nous n'occupons que la seconde place malgré nos côtes méditerranéennes, depuis le Var jusqu'aux Pyrénées , malgré encore ce polype africain qui étend son stérile
rivage depuis Bone jusqu'au delà d'Oran (1).
Oiy voici quel serait notre rêve :
S'il est vrai qu'un temps doit arriver où les États secondaires s'effaceront de la scène politi-
(l)Trois points fortifiés sur les côtes de l'Afrique feraient plus pour la prépondérance de la France sur la Méditerranée et dans le monde, que tout ce territoire algérien dont la conquête absorbe tant d'hommes et de trésors.
Ces points seraient :
Tanger ou Ceuta, fortifié et opposé à Gibraltar;
Alger, point intermédiaire ;
Et Tunis, pour neutraliser Malte.
On aurait moins à craindre alors que l'Angleterre n'établît pour le commerce des Indes ses fourches caudines à Alep et à Suez.
Il ne faut pas induire de nos paroles que l'abandon de l'Algérie soit dans nos vœux.
Un mauvais système d'occupation, depuis onze ans, a fait à la vérité de cette brillante conquête d'une autre époque , un legs presque funeste pour nous ; mais le sol de l'Algérie n'en doit pas moins être considéré désormais comme une annexe de la France. Le sang et la gloire de nos braves ont étroitement cimenté cette union. En l'état actuel des choses, il y aurait lâcheté, il y aurait félonie dans l'abandon complet ou restreint de ces contrées.
Mais un remaniement général de l'Europe peut amener des combinaisons telles, et de telles compensations pour la France, que l'occupation de l'Algérie, réduite à quelques points sur ses côtes , entre dans nos intérêts sans blesser aucune susceptibilité nationale.
Toutefois l'Europe, si un jour elle ne voit plus aux mains de la France que le flambeau de la civilisation, au lieu de la torche des incendies révolutionnaires, l'Europe elle-même, dans l'intérêt de l'humanité, conjurera notre belle et puissante France d'extirper, par une occupation complète et continue, la barbarie des régions africaines. Cette grande mission, tâche onéreuse, mais de haute humanité, et qui, par cela même , fut de tous les temps dans les instincts de