LIVRE H. — CHAPITRE Ier
Constantinople. Le hardi schismatique finit 7 dans la disgrâce et l'infortune, une vie d'orages, qu'un génie hors ligne et une vaste érudition , mieux dirigés, auraient pu rendre utile au monde et glorieuse pour lui-même. Son schisme ne mourut pas avec lui ; l'Église d'Orient avait en elle un germe de corruption qui, développé plus tard , a opéré la triste scission qui , aujourd'hui encore, la sépare de l'Église de Rome.
Etienne V occupait le Saint-Siège quand Rome reçut la visite de l'ambitieux Guy.
Gagné par les promesses et la soumission de l'heureux rival de Rérenger, se souvenant des récens services rendus à l'Église par celui qu'Adrien III appelait son fils d'adoption, et espérant en obtenir de nouveaux secours, le pape , sans hésiter, le proclame empereur, bien qu'un autre prince ait déjà revêtu la pourpre impériale en Germanie. Mais ce prince, mais Arnolphe s' est jusqu'à ce jour contenté de son élection de Tribur. Il n'est pas venu demander lui-même Fonction sainte aux pontifes de Rome ; il semble dédaigner cette sanction suprême qui seule, à en croire le Vatican, établit et consolida naguère la domination des Francs dans la Péninsule, et sans laquelle l'influence germanique ne saurait être qu'éphémère et sans durée. A unem-
empereur proclamé à Tribur, sans l'aveu et la participation du Saint-Siège, le pape saura opposer un autre empereur couronné de sa main à Rome, et dont l'audace lui est une garantie des efforts qui seront tentés pour soutenir l'œuvre du pontife romain. Qu'importent les maux qu'enfantera cette rivalité ! En attendant, l'autorité du Saint-Siège n'aura pas été impunément méconnue !
Guy, fier de son nouveau titre, retourne en Lombardie. A l'exemple des autres souverains ses prédécesseurs , il convoque les ordres du clergé et de la noblesse (1). Fascinés par l'éclat de sa récente victoire et par le prestige de tant d'audace, tous se rendent à l'appel du nouvel empereur ; on l'entoure d'hommages et de protestations de fidélité ; on l'enivre d'encens et de flatterie ; l'étoile d' Arnolphe va, lui dit-on, pâlir et s'éteindre comme celle de Bérenger devant l'étoile du vainqueur de la Trebbia. Guy répand à pleines mains les faveurs et les dignités ; il accorde plusieurs privilèges aux églises et aux villes du royaume, et il promulgue des lois ou décrets
(1) Giannone, Storia civile del regno di Napoti, anno 891. — Biblioteca siorica di lutte lenazioni, vol. Il, lib. vu, cap. m, p. A39. Edit. Milano , per Nicole Bettoni , an MO' 1821.