LIVRE II. — CHAPITRE 1er
pas à leur suite ces tristes divisions entre des hommes qu'une seule et même pensée , qu'un seul et même but , le bien-être de tous , devraient toujours réunir sous une seule et même bannière ! Préposés pour le bonheur général \ ils deviennent trop souvent les premiers fauteurs des malheurs publics.
Cependant Formose redoublait d'instances auprès d'Arnolphe pour qu'il vînt recevoir de lui cette couronne impériale que ses mains avaient déjà placée sur le front d'un autre, Bérenger suppliait de son côté le bâtard de Carloman, de l'aider à achever contre Lambert l'œuvre entreprise naguère contre Guy. Arnolphe , dont toutes ces instances flattent les vues secrètes , quitte de nouveau la Germanie ; mais cette fois il y porte la pensée de détruire à son profit , la double royauté de Lambert et de Bérenger lui-même. En effet, à peine arrivé à Milan, Arnolphe s'empare du pouvoir suprême et partage le royaume de Lombardie en deux grands gouvernemens. Walfredo eut le duché de Frioul, premier apanage de Bérenger, et Maginfredo , qui , dans sa récente levée de boucliers contre Lambert , avait moins combattu pour Bérenger que dans l'intérêt du roi de Germanie dont il était l'agent secret, Maginfredo eut
le duché de Lombardie ou duché de Milan (1).
Bérenger, prévenu à temps des projets hostiles de celui qu'il avait imprudemment appelé à son aide , avait évité la rencontre du roi de Germanie qui le fit vainement rechercher dans toute la Péninsule : il attendit dans sa retraite une occasion favorable de se venger.
D'autre part, pendant qu'Arnolphe s'arrête à Milan pour régler le gouvernement de sa nouvelle et facile conquête , Àgiltrude , mère du jeune empereur Lambert et femme d'énergique résolution, se rend à Rome (2) avec son jeune fils et y proteste contre l'invasion du roi de Germanie ; mais son œil clairvoyant a bientôt entrevu les dispositions malveillantes deFormose. Aussitôt elle lève une armée que viennent renforcer des partisans de Lombardie ; elle place sous bonne garde, le souverain pontife et s'apprête à disputer l'entrée de Rome au fils de Carloman.
Arnolphe , à la nouvelle de ces hardis préparatifs, marche avec son armée sur Rome : il trouve cette ville en un tel état de défense qu'il hésite à l'attaquer; mais ses soldats, irrités, diton , des insultes des Romains , l'obligent à or-
(1) GlULINI.
(2) Ibid. — MURATORL