LIVRE IV. — CHAPITRE IV
triomphe , après trois jours d'une défense désespérée. L'empereur et les siens sont jetés dans des cachots (1).
D'après quelques historiens , Àdelchis aurait été poussé à cet acte de félonie par l'appât d'une riche rançon; d'autres pensent qu'il voulut se venger de l'humeur dure et hautaine de l'impératrice et des déprédations de tous genres exercées par les soldats francs et lombards dont ses peuples auraient eu presque autant à souffrir que des dévastations des Maures ; d'autres enfin croient que le duc de Bénévent , en payant les bienfaits de Louis II par une aussi noire ingratitude, ne fît que céder aux pressantes instances de Basile.
À la nouvelle de la honteuse équipée d'Adelchis , des clameurs d'indignation et de vengeance s'élèvent dans tous les rangs de l'armée impériale. Les troupes , qui rentraient en Lombardie, s'arrêtent, retournent en arrière et marchent sur Bénévent ; leur cri de guerre, Volons au secours de l'empereur , est répété avec enthousiasme par les braves qui assiègent Tarente.
Louis II , que la disgrâce ne pouvait abattre, éprouvait dans les fers combien trop souvent
(1) Erchemperto, Hist. , cap. xxxiv. — Muratori.
l'ingratitude suit de près le bienfait; combien un revers de fortune suit de près la victoire... Plus calme dans son cachot que le duc félon dans son triomphe passager , il attendait sans crainte le dénoûment de cet étrange épisode.
Adelchis n'avait pas tardé à sentir le poids écrasant d'une telle capture : il voulait et ne voulait pas se décharger de ce lourd fardeau. L'approche à marches forcées des troupes de l'empereur, et un nouveau débarquement des Sarrasins à Salerne , mettent bientôt un terme aux hésitations du duc de Bénévent. Dissimulant les trop justes sujets d'appréhensions qui l'assiègent, Adelchis, après vingt-deux jours de mortelles angoisses , propose à l'empereur de lui rendre la liberté; il n'exige aucune rançon, et ne lui demande que sa promesse, sur les saints Évangiles, de ne point chercher à tirer vengeance contre lui ( Adelchis ) de l'outrage reçu , et l'engagement formel de ne plus remettre le pied dans le duché de Bénévent avec des troupes armées. L'empereur promet ce qui lui est demandé et recouvre la liberté avec tous les siens (1).
(1) Muratori a publié^ dans ses Antiquités italiennes, * des vers que l'on composa à cette époque, au sujet de la
* Dîssert. 30;