‹ Histoire de la conquête de la Lombardi (volume 2)Chapitre 81 sur 228 · LIVRE Iî. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Iî. — CHAPITRE II

pu être la sauve-garde de tous. Le principe qu'en ce moment on invoqua était le seul capable de faire recouvrer à la nation son repos, son bienêtre et son ancienne suprématie, en la rendant à son unité monarchique , et en la délivrant de ces despotes sans nombre qui , par le fractionnement, l'avaient affaiblie au point d'en faire la vassale de l'étranger ; de ces despotes qui , n'étant après tout que des usurpateurs heureux , provoquaient et justifiaient des usurpations nouvelles de la part de quiconque se sentait assez fort pour les tenter.

Mais ce grand élan des Français n'aboutit qu'à une demi-mesure , remède souvent plus funeste que le mal qu'on veut combattre. Charles-le- Simple fut proclamé roi de France à treize ans ; Eudes ne put se résoudre à lui abandonner que la moitié de sa proie ; gardant pour lui-même tous les pays qui sont entre la Seine et les Pyrénées , il ne restitua au fils de Louis-le-Bègue que les contrées renfermées entre la Seine et la Meuse (1).

Un principe vrai n'a de force qu'autant qu'il

(1) Président HÉNAULT, Abrég. chronol./ï. rr, 2e race, ann. 893.

Nous croyons toutefois devoir rappeler que , d'après quelques historiens, notamment l'abbé MUiot, Eudes n'au-

est appliqué dans toute son étendue; on le compromet quand on restreint les droits et les conséquences qui s'y rattachent : de tutélaire et de conservateur qu'il pouvait être, il ne devient

rait accepté la couronne qu'après l'avoir long-temps refusée, et qu'il aurait déclaré en outre ne monter sur le trône que pour le conserver au fils de Louis-le-Bègue.

On lit dans Mézeray , au sujet de l'élection du comte Eudes comme roi :

« Quelques auteurs du temps disent que les Français ne » l'élurent que pour tuteur du pupille et gouverneur ou » régent du royaume. Ils apportent pour preuve qu'il ré- » sista fort à cette élection , qu'il prit soin de l'éducation » de Charles, que lorsqu'il fut en âge il lui rendit une par- » tie de son royaume, et que, quand il mourut, il le lui re- » mit tout entier; et si quelqu'un demande pourquoi , n'é- » tant que régent ou tuteur, il prit la qualité de roi , ils ré- » pondent que dans ce siècle-là, et dans les trois ou quatre » suivans , Jes tuteurs prenaient le titre des terres de leur » pupille qu'ils administraient. »

On a cité récemment ce passage de Mézeray pour exalter la fidélité d'Eudes à son roi légitime , et l'on a extrait encore du même historien ce passage :

« Il recommanda fort à son frère Robert et aux autres » seigneurs, de reconnaître le roi Charles, qu'il espérait de » voir être bientôt capable de régner par sa vertu, comme » il l'était déjà par sa naissance. »

Nous avons jugé plus sévèrement la conduite d'Eudes; et nous trouverions dans les paroles mêmes de Mézeray que l'on a citées, la justification de notre opinion.

Comment, en effet, Eudes, nommé tuteur on régent, ne rendit-il à son roi légitime qu'une partie de son royaume ? Et comment attendit-il le moment de sa mort pour en faire la restitution intégrale ? C'est donc avec raison que nous avons signalé l'ambition d'Eudes, comme un des embarras du règne de Gharles-Ie-Simple.

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