LIVRE H. — CHAPITRE II
plus alors qu'un nouveau germe de troubles et de bouleversemens. La France ne gagna rien ni pour son repos intérieur, ni pour son influence au dehors , à cette restauration incomplète de Charles-le-Simple , une couronne ainsi partagée n'ayant acquis au jeune prince ni assez de puissance, ni assez de prestige pour arrêter les effets désastreux du conflit de toutes les ambitions désordonnées qui , depuis long-temps , se disputaient les lambeaux du royaume.
Ces désordres, toujours renaissans et toujours plus graves, firent de plus en plus perdre de vue l'Italie à la cour de France, qui laissa échapper, sans même y prendre garde, ce beau fleuron de la couronne de Charlemagne. Le diadème impérial même fut comme oublié , dans ces temps de confusion , par le dernier rejeton mâle de la race légitime du grand empereur.
D'autre part, Arnolphe, que sa débile santé devait conduire au tombeau trois ans après son couronnement à Rome , Arnolphe ne songeait , pas plus que le roi de France , à troubler Lambert et Bérenger dans la possession de la Lombardie qu'ils venaient de se partager. Jaloux l'un de l'autre , s'observant tous les deux , mais n'en venant à aucune hostilité de peur d'offrir, par leurs dissensions , une proie trop facile à la
France, à la Germanie ou à tout autre ennemi commun, Bérenger et le fils de Guy paraissaient satisfaits de la part qu'ils s'étaient faite.
Il y eut un moment de repos et de calme en Lombardie. Les deux princes, qui la tenaient sous leur puissance , étaient doués d'éminentes qualités et auraient pu cicatriser, avec le temps, les plaies que tant de guerres avaient laissées soignantes ; mais sous le calme couvait la tempête. Tous les deux , l'un à l'aube de la vie et après un dernier et rapide éclair de gloire, l'autre chargé d'années et après avoir épuisé la coupe des vicissitudes, devaient tomber victimes de la pi us noire ingratitude sous un bras assassin.
La première atteinte que reçut le repos de la Lombardie sous la double domination de Lambert et de Bérenger, fut un contre-coup des troubles qui agitaient l'Église de Rome.
Jetons un rapide coup d'œil sur ces misères du foyer de la chrétienté.
Le pape Formose était mort peu de jours après avoir couronné Arnolphe. Il eut pour successeur l'indigne Boni face, dont le pontificat ne dura que quinze jours. La mort de Boniface délivra l'Église d'un pape qui en eût été la honte.
Etienne VI le remplace : le choix n'est pas plus heureux. Ce règne , qui n'a que quelques