LIVRE II. — CHAPITRE II
Lambert, fatigué de la chasse, s'était couché à terre pour prendre un peu de repos et de sommeil. Hugues se trouvait seul auprès de son jeune souverain. Oubliant toutes les bontés dont Lambert l'avait comblé , ne se souvenant que de la mort violente de son père et des cruels traitemens infligés à sa famille, le fils de Maginfredo se saisit d'un bâton et en frappa violemment à la nuque l'empereur endormi.
Le vieux et crédule Landolphe raconte, de son côté , que Hugues , au lieu d'un bâton , se servit d'une grande épine pour donner la mort à son bienfaiteur. Il ajoute que cet événement eut lieu , non dans les environs de la villa de Marengo, mais dans le territoire de Modène , près d'un lieu qui, depuis , reçut le nom de Spina- Lamberti , et que l'on nomme aujourd'hui par altération Spilamberto.
Si le nom de Spilamberto n'a pas d'autre origine connue que celle que lui a façonnée le bon Landolphe, nous pensons qu'elle est encore à trouver.
Certes, Hugues étant à la chasse, aurait pu.» pour consommer son abominable dessein , faire usage de toute autre arme que d'une grande épine ; mais il lui importait de ne point laisser de trace sanglante de l'attentat , et la blessure
nécessairement faite , soit par la grande épine , soit par toute arme à tranchant ou à pointe , aurait témoigné contre son récit qui, d'abord, laissa chacun convaincu que Lambert s'était rompu le cou en tombant de cheval.
Quant au lieu de l'événement, l'erreur de Landolphe nous paraît manifeste.
Les décrets de Lambert, en date des derniers jours de septembre , sont expédiés de Marengo: tout tend à établir que ce prince périt dans les premiers jours d'octobre, et qu'il habitait encore cette résidence , comme l'affirme Liuthprand , quand il fut assassiné.
Il est à remarquer, qu'à dater de la mort de Lambert, le nom de Hugues ne paraît plus dans les annales de l'histoire, si ce n'est toutefois sous la plume du bon Landolphe.
Cet écrivain raconte, qu'aussitôt après le meurtre de l'empereur, Hugues, montant sur le cheval de sa victime ( sans doute, observe ironiquement Giulini , parce qu'il valait mieux que le sien), se serait porté précipitamment à Milan , dont il aurait, de concert avec l'archevêque, fait relever les murs d'enceinte ruinés par Lambert.
Nous avons dit déjà que cette destruction des murs de Milan, par le fils de Guy, n'eut lieu que dans la crédule imagination de Landolphe.