LIVRE 1T. — CHAPITRE II
Pour ce qui est du sort de Hugues après la consommation de son crime, de judicieux historiens pensent que Bérenger ne put voir que d'un mauvais œil un jeune homme, meurtrier de son roi et de son bienfaiteur, et que, condamné à une existence obscure et oubliée , Hugues perdit toutes les faveurs et les charges qu'il devait aux bontés de Lambert. On voit, en effet, bientôt après un comte de Milan , autre que le fils de Maginfredo, figurer dans les chartes de cette époque. Sigifredo ou Sigefredo (1) était revêtu de cette dignité peu de temps après la réunion des deux couronnes de Lombardie sur la tête de Bérenger.
De tous temps les gouvernemens nouveaux ont eu une tendance marquée à détruire , ou , pour le moins , à jeter à l'écart les destructeurs des régimes qu'ils ont remplacés. Cet instinct de nature, signalé par Tacite, se retrouve dans la conduite de Bérenger à l'égard de l'assassin de son rival en puissance. Quelquefois vengeur salutaire de la morale outragée , mais bien plus
(1) On lit dans Mubatom , Ann. cïlt., T. v, p. 223 , anno 901 :
« En ce temps-là , Sigefredo était comte du palais et » comte de Milan, ainsi qu'il résulte d'un placita tenu » par ce seigneur à Milan dans la cour ducale. »
souvent triste inspiration de la peur, de l'égoïsme et de l'ingratitude , ce même instinct s'est fait de nos jours un des axiomes de la politique.
Bérenger ne resta pas long-temps paisible possesseur de la couronne de Lombardie.
Une nouvelle horde d'aventuriers , d'origine tartare , venus de la Scythie (1) , et désignés sous le nom de Hongrois , s'étaient emparés de la Pannonie qui, depuis cette époque, a pris le nom de Hongrie.
La Bulgarie, la Moldavie et la Carinthie avaient successivement subi leurs dévastations.
Arnolphe, dans sa guerre contre Zuintebold, avait dû, pour réduire ce dangereux ennemi , recourir au secours non moins dangereux , de Wratislas , duc de Pologne , et de Casuta , duc de Hongrie (2). Cet empereur, en reconnaissance des services rendus par les Hongrois , en cette occasion, leur avait abandonné la Transylvanie. Bientôt ces peuples barbares se ruèrent comme un torrent débordé sur toute l'Allemagne. L'art des sièges leur était inconnu aussi bien que le combat de pied ferme; maniant l'arc
(1) Ex horrendâ Scytharum génère origine ducens. (Regin. , Rer. liai, T. il, art. u. )
(2) PUFFEND. , Hist. de ÏUniv.? t. V, liv. V, ch. n.