LIVRE 11. — CHAPITRE II
avec une admirable dextérité, ils n'avaient pour armes que des dards et des haches ; ils chargeaient l'ennemi et se dispersaient aussitôt après , frappant et disparaissant comme la foudre ; toujours à cheval , même dans les haltes , même en tenant conseil. Leur tête était rasée, leur air sombre et leur bouche taciturne. On ne voyait leurs regards farouches s'animer, on n'entendait leurs voix que dans la mêlée des batailles* Leurs femmes n'étaient ni moins intrépides , ni moins féroces : partout l'effroi précédait ces barbares (1), partout ils laissaient, pour traces de leur passage , du sang et des ruines.
Après avoir épuisé l'Allemagne, ces nouveaux envahisseurs fondent sur l'Italie ; sans s'inquiéter des places fortes qu'ils laissent sur leurs derrières , ils dirigent vers Pavie leur course menaçante.
Bérenger, à l'approche du péril, se hâte de réunir une armée qui , grâce à l'assistance de l'archevêque de Milan (2), est bientôt sur un pied formidable; il se porte vivement à la rencontre des Hongrois , et les surprend près de VAdda, au moment où ils le croyaient encore bien éloigné d'eux*
(1) Regin.* ànno 889. — Liuthprand^ lib. v, cap. v.
(2) Giultm, lib. ix. — MURATOM, ann. 889.
A cette apparition inattendue , les barbares désespèrent de pouvoir lutter avec avantage contre l'armée lombarde , trois fois plus nombreuse que leurs bandes sauvages. Ils battent en retraite, ou plutôt ils fuient en désordre, et traversent pendant la nuit l'Adda dont les flots en engloutissent un grand nombre ', tant leur fuite est tumultueuse et précipitée. Bérenger les poursuit à outrance jusqu'à la Brenta. Dans cette extrémité , les Hongrois envoient des émissaires au roi de Lombardie pour traiter de la paix. Ils proposent de rendre tous les prisonniers tombés dans leurs mains , de s'engager à ne plus remettre les pieds dans la Péninsule , et de donner leurs enfans pour otages, demandant seulement qu'il leur soit loisible de rentrer sains et saufs en Hongrie.
Bérenger qu'enhardit le succès de son entreprise, repousse toute proposition d'accommodement. Ce prince , dit Muratori , ne savait probablement pas le proverbe :