LIVRE 11. — CHAPITRE II
Si Ton en croit l'auteur du panégyrique de Bérenger , ce fut contre la volonté de ce prince que ses partisans infligèrent ce supplice à son parjure compétiteur. Muratori ne voit dans cette assertion qu'une adulation de poète. Giovanni Bracacurta, accusé d'avoir par trahison livré la ville de Vérone à Louis , fut massacré par les soldats de Bérenger , dans une tour où il avait cherché un secret asile (1),
Les troupes provençales et bourguignones 1 à la nouvelle du malheur de leur souverain, prirent en désordre et par détachemens dispersés la route de France. Adalbert, marquis d'Yvrée, ce chef de la première conjuration contre son beau-père , leur fît éprouver de grandes pertes pendant leur passage des Alpes (2).
Nous voyons, dans ce triste drame, les mêmes hommes élever et abaisser tour à tour , appeler au trône , et puis en chasser ignominieusement,
(1) Voici ce que Je panégyriste de Bérenger dit à ce sujet :
Tu ponens etiam Curtum fémorale Johannes, Alta tenens turris si forte resumere vitam Sis potis : hinc traheris tamen ad discrimina mortîs* Et miser in patriâ nudus truncaris arenâ. *
(2) MlIRATORT, T. V, p. 225.
* Ainotsym., In paneg. Bereng., lib. iv.
pour les y replacer encore , des princes jouets et victimes de leur capricieuse versatilité; et cela au mépris des sermens , des bienfaits reçus, et des liens de famille les plus sacrés.
Délivré de l'empereur Louis , Bérenger se hâta de faire rentrer la Lombardie dans la voie qu'il lui avait tracée, et d'où l'avait détournée cette collision récente : voie de repos, de restauration et de prospérité, s'il n'eût encore rencontré des entraves ; les Hongois , les Sarrasins , de nouvelles rivalités à combattre, des séditions toujours renaissantes à réprimer, vinrent augmenter les travaux et les difficultés d'un règne qui eut et ses fautes et ses phases glorieuses. Selon Andréa Dandolo (1) , les Hongrois ayant de nouveau pénétré en Italie , l'année qui suivit le désastre du fils de Boson , Bérenger aurait envoyé, pour les combattre, vingt mille hommes , dont un bien petit nombre serait échappé à la rage de ces meutes acharnées. Le roi de Lombardie , pour sauver ses États de leurs dévastations , leur aurait , toujours au dire de Dandolo , fait l'abandon de riches trésors. Il est à croire que cet auteur confond les époques et que le
(1) Dandul., In Chron., T. xii. — Mukatori, Rer. ital, ann. 906.