LIVRE II. — CHAPITRE II
la Provence et l'Italie aux Barbares, contribuaient à perpétuer, dans les deux pays, la présence calamiteuse de ces étrangers. Au delà comme en deçà des Alpes , ces cupides envahisseurs trouvaient des auxiliaires chez les peuples et les princes chrétiens qui , battant des mains à la ruine de leurs adversaires , fils de la même patrie et chrétiens comme eux , subissaient bientôt après, à leur tour, le même traitement de la part de leurs intraitables alliés.
Nous avons vu, dans ce chapitre, comment s'est terminé le ixe siècle en Lombardie; siècle si triste pour l'Italie et la France , mais dont le cours, toutefois, fut marqué pour le nord de la Péninsule, par d'assez longues périodes de gloire et de bien-être. Bernard, Pépin, Louis II, sont de ces noms dont un peuple garde la mémoire pour les bénir et les regretter aux bons comme aux mauvais jours. L'ère des jours mauvais s'ouvrit pour la Lombardie avec la tombe de Louis IL
L'aurore du ixe siècle avait vu se consolider la conquête des Francs, et son déclin vit le terme de cette domination, un premier essai de la domination germanique et une double invasion de barbares.
Charlemagne et ses premiers successeurs avaient doté la Lombardie d'une législation sage et tutélaire (1). Déjà les sciences , la religion, les arts, l'industrie s'étaient ressentis, dès les premières années et jusqu'au delà de la moitié du ixe siècle, de cette heureuse et bienfaisante impulsion ; mais l'aveugle ambition des successeurs nationaux ou étrangers de ces premiers princes, leurs divisions incessantes, l'absence trop fréquente et trop prolongée des souverains, l'intrigue des grands et des petits, la cupidité des comtes et autres gouverneurs , le manque d'une loi positive de successibilité au trône , les fautes, les inconséquences delà cour de Rome, trop mêlée aux intérêts temporels de ce monde, l'oubli ou l'inobservance des lois et règlemens publiés par Charlemagne et ses fils , enfin l'invasion de l'Italie par les Sarrasins, et plus tard par les Hongrois , tristes fléaux attirés sur la chrétienté par l'appel des populations chrétiennes, toutes ces causes ont fait du ixe siècle, pour l'Italie comme pour la France, une époque de désordre, de scandale , d'anarchie et de mi-
(1) La pace si lung ameute conservata inqueste contrade sotto gl'imperadori Caroli, etc. dit Muratori , T. V, p. 133.
Mercè del buon governo de g l'imper ad or i Carolini avea la Lombardia coll'altre viciue provincie goduta per più di cento anni un invidiabil pace. (Ibid.j, T. v, pi 18X;