LIVRE II. — CHAPITRE II
sère ; mais la Lombardie , nous le répétons , eut la moindre part des maux et la part la plus large des jours glorieux et prospères.
Ce siècle épuisa l'influence française au delà des Alpes, et commença, nous l'avons dit, à y faire poindre l'ère germanique , ère qui , cette fois néanmoins , ne fit que s'essayer dans la Péninsule , mais non encore s'y établir solidement, les bases de la stabilité, les conditions de la vie manquant à ces nouveaux fondateurs ; car la puissance germanique était alors en des mains que paralysaient les mêmes obstacles , les mêmes causes qui avaient dépossédé du sceptre lombard les successeurs français de Charlemagne. Des carlovingiens régnaient à Trêves comme en France , et l'heure de la décadence et de la ruine avait sonné pour cette dynastie au delà du Rhin aussi bien que sur les bords de la Loire et de la Seine. La Germanie avait ses princes médiocres et ses rois enfans, comme la France ses Louis-le-Bègue et ses Charles -le -Simple; elle avait son envahissante féodalité, ses Zuintebold , son éruption des Hongrois , comme la France avait ses Eudes, ses Bozon, ses Sarrasins et ses Normands. Aussi la lin du ix° siècle vit-elle l'Italie d'abord ardemment convoitée, puis négligée,
puis oubliée et même dédaignée par les princes germains, comme elle l'avait été naguère par les rois carlovingiens de France. Enfin le nord de la Péninsule , cédant à l'instinct général de fractionnement qui travaillait l'Europe, voulut, lui aussi, dans les dernières années de ce siècle , vivre de sa propre vie ; il essaya , usa et ne tarda pas à abuser de sa nationalité lombarde.
Maintenant s'ouvre le xe siècle, que Mura tori appelle secolo di ferro, et qui, comme le dit Giulini , fut le plus funeste de tous ceux que l'histoire d'Italie ait à enregistrer dans ses annales. Les calamités vont grandir et se propager dans cette période nouvelle , plus peut-être pour la Lombardie que pour le reste de la Péninsule.
Le cadre que nous nous sommes tracé ne comprend qu'une portion du xe siècle : nous ne soulèverons donc qu'un coin du sombre voile qui l'enveloppe.