LIVRE Ier. CHAPITRE Ier
Carloman , l'aîné des fils de Charles , eut la Souabe, nommée depuis Allemagne , l'Austrasie et la Thuringe , c'est à dire la France orientale , tant en deçà qu'au delà du Rhin.
Pépin eut le reste de la France , où l'on dis^ tinguaitla Bourgogne , laNeustrie et la Provence. Peu de temps après, Carloman, fatigué des grandeurs , prit l'habit monastique et se retira au Mont-Soracte et plus tard au Mont-Cassin (1); Pépin resta seul maître des vastes États que son père avait soumis à sa puissance.
A force de mollesse et d'incapacité, les fils dégénérés de Clovis s'étaient laissé depuis longtemps effacer du trône par leurs puissans maires du palais ; Charles-Martel , debout près de
(1) Saint Benoît, suivi de quelques disciples, entr'autres Maur et Placide, se retira , en 528, sur les frontières des Abruzzes et de la terre de Labour, auprès de Gassino. Il trouva là le paganisme encore vivant, et le temple et la statue d'Apollon debout sur le Mont-Cassin , colline qui domine la ville.
Benoît renversa le temple et la statue , extirpa le paganisme , rassembla de nouveaux disciples et fonda un nouveau monastère. Ce fut dans celui-ci , où il demeura et domina jusqu'à la fin de sa vie, qu'il appliqua enfin dans son ensemble et publia sa Règle de la vie monastique. Elle devint bientôt la loi générale et presque unique des moines d'Occident. C'est par la règle de saint Benoît que l'institut monastique occidental a été réformé , et qu'il a reçu sa forme définitive.
(Gtjizot, Histoire de la Civilisation, T. Ier, leç. xivp , pages M 5 et ^16. Edition in-8°, 1840. )
ce trône et rayonnant de gloire, avait vu la couronne de France, pendant la longue période de ses triomphes , passer sur la tête de quelques uns de ces fantômes de rois , sans vouloir ou , répétons-le, sans oser en décorer son propre front.
Pépin fut plus hardi que son père ; brillant lui-même de l'éclat de nombreuses victoires , qui avaient encore reculé les limites du royaume de France , Pépin , aussi sage dans le conseil qu'expérimenté à la guerre et vaillant dans les combats, se montra tout à coup aux Francs, entouré de l'auréole de la gloire paternelle et de ses propres exploits.
Childéric , qui gisait obsur et ignoré sur le trône, enveloppé, emporté dans le tourbillon de l'irrésistible fortune de Pépin , laisse échapper le sceptre et va mourir dans un cloître. La foule, toujours avide de commotions et de changemens, mais trouvant cette fois son excuse dans l'empire qu'exercent la valeur et la victoire , porte le fils de Charles-Martel sur le pavois el lui offre la couronne.
Pépin n'ose, sans consulter le pape, accepter la royauté.
Grégoire avait, dans de graves et récens périls, invoqué l'aide de Charles-Martel. Son successeur Zacharie, toujours moins rassuré sur les
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intentions des rois lombards , sent de quel secours pourrait lui être au besoin le prince franc en qui réside la puissance effective ; n'ayant à opposer du reste que d'inutiles doléances à un fait accompli , sorte de puissance fort en crédit à toutes les époques , ce pape fait une réponse ambiguë que Pépin interprète dans un sens favorable à son ambition (1). Le maire du palais prend enfin le périlleux titre de roi; mais, comme si ses exploits passés ne lui suffisaient plus pour autoriser son élévation , pour faire oublier la déposition de Childéric et lui attirer le respect de ses sujets et de tous les peuples, Pépin tente de nouvelles entreprises dont le succès augmente la gloire de la nation (2) et achève de fasciner tous les esprits.
Sur ces entrefaites , arrive au fils de Charles Martel, comme pour lui fournir l'occasion de s'entourer de plus de prestige encore , une supplique pressante du pape Etienne III (3). D'à-
(1) Ce prince fut le premier roi de Fiance qui fit précéder ses décrets de la formule par la grâce de Dieu 9 en imitation sans doute des empereurs d'Orient qui prenaient le titre de couronnés de Dieu.
(2) PtJFFENDORFF, Introduction à l'Histoire de l'Univers, T. Ier, page 71 , m-h°.
(3) Ee pape Etienne II, successeur de Zacharie, était
près ce message , Astolphe marchait sur Rome qu'il menaçait d'envahir. Le pape invoquait l'assistance des Francs, annonçait l'intention de venir lui-même plaider sa cause auprès de Pépin y et demandait qu'une ambassade lui fût envoyée de France pour protéger sa marche jusqu'au delà des Alpes. Etienne espérait que son seul départ, sous l'escorte de gens accrédités par un aussi puissant monarque , arrêterait les exactions des troupes d'Astolphe.
Le génie de Pépin a bientôt sondé la portée d'une telle démarche ; il pressent tout le parti qu'il pourra tirer \ pour sa nouvelle royauté , de la présence à sa cour d'un pontife de Rome ; et son ambition se promet, de la visite d'Etienne III, des résultats bien autrement décisifs pour l'avenir de sa dynastie, que la sanction lointaine et équivoque arrachée naguères à son prédécesseur.
Tout , jusqu'au motif du voyage d'Etienne et aux faveurs qu'il vient lui demander, tout dans ce projet flatte et seconde les vues de Pépin. Il a besoin des papes , les papes ont besoin de lui :
mort trois jours après son avènement au trône pontifical'; Etienne 111 l'avait remplacé. *
Beaucoup d'historiens , à l'exemple d'Anaslase , attribuenl à Etienne 11 l<*s actes qui signalèrent le pontificat d'Élienne III.
' Gcata rouf. rom. . T. I*', page $1\.