LIVRE 1*' '. — CHAPITRE Ier
raccommodemens ne pouvaient être que des trêves passagères. Trente années d'un règne tel que celui de Luithprand, avaient donné aux événemens une impulsion contre laquelle Luithprand lui-même eût vainement lutté.
Qui sait si, entrevoyant au moment de sa mort l'abîme creusé sous le trône lombard, ce prince ne voulut pas, par cette réconciliation avec le Saint-Siège et par ses tardives concessions , conjurer le péril et tracer une nouvelle voie à ses successeurs. Mais la voie fatale était irrévocablement ouverte aux empereurs pour compromettre en Italie un reste de dignité et d'influence par la poursuite insensée d'une autorité qui ne devait plus leur revenir, et aux rois lombards pour courir à une perte inévitable en poursuivant un but décevant qu'ils ne devaient jamais atteindre.
Ainsi Rachis, d'abord duc de Frioul et puis roi de Lombardie , porte , a peine élevé au trône , ses armes dans la Penlapole , et met le siège devant Pérouse. A la vérité, vaincu par les supplications du pape Zacharie , qui va le trouver dans son camp, ce prince dépose et glaive et couronne pour se retirer au Mont-Cassin. Mais Astolphe, son frère et son successeur, se hâte d'envahir l'exarchat de Ravennc, et de
là se porte sur Rome, qu'il menace de destruction si elle ne lui ouvre ses portes. Folles équipées , qui ne firent qu'avancer l'heure de la domination des Francs.
Charles-Martel, en mourant, avait laissé deux fils (1), Carloman et Pépin; il leur transmit sa puissance, sans le nom de roi que , malgré l'éclat de sa gloire, il n'avait osé prendre.
Le titre de roi , force et prestige des princes légitimes , est un fardeau plus lourd que l'exercice réel de la toute-puissance pour quiconque n'a d'autre titre à la domination que l'éclat du génie. Abri du sujet ambitieux qui conspire à son ombre, le trône devient un péril pour le sujet couronné.
(1) On parle aussi d'un troisième fils de Charles-Martel , Grifon , qu'il aurait eu de Sénéchildc la Bavaroise. ( Les deux autres étaient fils de Rollande l'Austrasienne). L'exiguité de l'apanage échu à Grifon , tandis que ses frères avaient eu des royaumes en partage , fait douter de la légitimité du fds de Sénéchilde. L'ambition de ce prince suscita quelques embarras à Pépin , notamment dans la longue guerre du roi des Francs contre Gaifre ou Waifre, duc d'Aquitaine, dont Grifon embrassa la cause. Mais des attentions trop marquées pour la duchesse donnèrent de l'ombrage à Waifre, et Grifon fut obligé d'abandonner l'Aquitaine. Il tourna alors du côté de l'Italie , et comme il s'y rendait avec des troupes auprès d'Astolphe , roi des Lombards, il fut arrêté à l'entrée de la vallée de Maurienne par celles que Pépin avait commises à la garde des Alpes. Il v eut un combat, et Grifon v fui tué.
( Voy. A^miiii , ttist, de Fr., I. r, pag, 348 et S58. )