LIVRE Ier. CHAPITRE Ier
une ère nouvelle lui semble devoir surgir de cette alliance qu'un intérêt réciproque va cimenter.
Deux ambassadeurs sont envoyés secrètement au pape Etienne pour l'inviter à les suivre en France.
Etienne , avant de quitter l'Italie, veut tenter un dernier effort auprès d'Astolphe : vainement le clergé et le peuple en larmes cherchent à combattre ce dangereux dessein , le pontife se dirige la nuit vers le camp silencieux des Lombards et se fait introduire dans la tente du monarque à qui il expose ses doléances , ses griefs et ses vœux. Le roi accueille avec respect , écoute avec déférence le chef de l'Église ; mais il rejette toutes ses demandes. « Seigneur, dit » alors le pape, puisque vous agissez de la sorte, » je m'en vais en France trouver le roi Pépin » qui m'en a sollicité. »
Ces paroles sont un coup de foudre pour Astolphe , qui voit quel orage se forme sur sa tête : prières , intrigues , menaces , tout est tenté par le prince lombard pour empêcher ce voyage. Astolphe est près d'employer la violence , mais les ambassadeurs de Pépin sont là : ils prennent le ton qui convient à la puissance de leur maître , et demandent , pour le pape et sa suite ,
des saufs-conduits qu'on n'ose pas leur refuser.
Le souverain pontife fut reçu en France avec les marques d'une profonde et tendre vénération. La cour l'attendait à Ponthion, en Champagne. Le grand chapelain s'était porté à la rencontre du Saint-Père jusqu'au pied des Alpes; le fils aîné de Pépin, âgé de douze ans, et qui un jour devait être Charlemagne, se rendit à plus de trente lieues au devant d'Etienne. Le roi vint le recevoir à une lieue (1).
A l'approche du Saint-Père, le roi descend de cheval et se prosterne ; la reine , ses enfans et loute la cour suivent son exemple. Le pontife est conduit jusqu'à la ville processionnellement et en grande pompe. Le lendemain, revêtu du cilice, couvert de cendres et suivi de son clergé, Etienne vient se jeter aux pieds de Pépin ; il ne se relève qu'après avoir obtenu la promesse sur serment que le roi des Francs emploiera sa puissance à le délivrer, lui et le peuple romain, de la tyrannie des Lombards, et à chasser Astolphe des places dont il s'est emparé contre la foi des traités.
En vain Carloman, sorti de sa retraite, vinl
(1) Anaar. Met., 753. Histoire de l'Eglise , parB.-B. T. iv, pag. 13! et suivantes.