LIVRE II. CHAPITRE II
tion en est confiée au désintéressement et à l'intégrité des hommes.
Les missi dominici devaient s'enquérir , dans toutes les provinces, des localités les plus convenables pour recevoir les rois dans leurs voyages, et où ils pourraient aussi s'arrêter eux-mêmes , comme commissaires royaux ; ils devaient régler les dépenses à supporter par ces mêmes localités et les voitures à fournir en ces occasions.
Ces contributions forcées avaient le nom générique de conjectus.
Celles concernant les logemens s'appelaient albergaria ou mansionaticum.
Celles pour les repas et autres consommations, parata.
Celles pour les voitures, ou tous autres moyens de transport, paravereda (1).
(1) Ces impôts existaient également chez les Anglo-Saxons. Les autres prestations y étaient fixes et déterminées ; celles-ci étaient illimitées et accidentelles,, et par conséquent bien plu s oppressives. Canute-le-Danois , successeur d'Edmond, voulut les abolir en Angleterre sur la fin de son règne ( au commencement du xp siècle ) , et ordonna à ses baillis de fournir , par les produits des terres de son domaine, tout ce qui serait nécessaire aux gens de sa maison. *
Mais il paraît qu'au ixc siècle l'usage et l'abus subsistaient dans toute leur force partout où les Barbares avaient étendu leur domination.
* Lingard, Hist. WAngL, t. i, l*r supplément, pag. 520 et 521. — Cet historien cite : Leg. 143. — Ingulf., 17, 35.- fleming., Churt. 31, 38.
Tous les hauts fonctionnaires , tant ecclésiastiques que séculiers , et leurs nombreux agens f malgré la défense expresse et réitérée qui leur en était faite par les règlemens du royaume , pesaient sur les populations , en les forçant de leur fournir, pour eux-mêmes, ces prestations qu'on ne devait qu'aux souverains. L'exigence des grands alla jusqu'à faire travailler à leurs propres domaines des populations entières , et même des gens d'Église.
Ces exactions avaient fait déserter plusieurscontrées par leurs habitans. Les efforts des premiers empereurs pour y mettre un terme, eurent long-temps peu de succès. Louis II ne se contenta plus d'injonctions prohibitives aux comtes et à leurs vicaires, il défendit, par un décret, aux habitans de fournir des prestations de la nature de celles que nous venons de signaler , si des agens publics autres que les commissaires royaux osaient les réclamer (1).
(1) Mukatort (Antiq. Mœd. OEvi, T. v, p. 397) fait menlion d'un singulier procès qui donne une idée de ces exactions, et des désordres qu'elles entraînaient en Lcmbardie.
L'abbé du monastère de Saint-Ambroise , assisié de son avocat, avait cité devant le tribunal de l'archevêque de Milan é commissaire impérial, des agens de l'évèque de Cômot parmi lesquels sont des ecclésiastiques, accusés d'avoir pénétré violemment dans des églises, chapelles et autres dépendances dudit monastère , d'a\ oir enlevé frauduleusement