‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 115 sur 246 · LIVRE Iï. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Iï. — CHAPITRE II

qu'on appelait petits vassaux. (Vassi minores.) Il existait deux classes de vassi minores : les uns Tétaient par choix. Toute personne libre pouvait se choisir pour seigneur l'homme puissant ou l'établissement religieux dont la protection lui inspirait le plus de confiance ; il lui payait souvent un tribut pour cette protection. Une commenda ou bénéfice était le prix ou le but de cet hommage. Accepter un vassal s'appelait commendare se alicui. On appelait aussi les vassaux commendati. Le bénéfice qu'ils obtenaient ou briguaient se nommait commendatio, commenda (1). Le vassal, après la mort de son seigneur , portait son hommage à l'homme puissant qu'il jugeait digne de sa préférence. Celui qui avait été répudié par son seigneur, ne pouvait être accepté par un second seigneur, en cette qualité ., sans l'autorisation du premier: cette autorisation devait être soumise au roi |dans le délaide quinze nuits (2).

ver de cette dernière appellation le mot italien signore. Probablement notre mot seigneur ou monseigneur n'a pas d'autre origine.

(1) Ce dernier mot est resté en italien. Le mot français commanderie a sans doute la même origiee.

(2) On comptait par nuits 3 en Lombardic comme en France. Tacite dit que les Germains comptaient aussi par mus. César en dit autant des Gaulois : «C'est, ajoute ce der~ hrnier, parce qu'ils se croyaient tous descendus de Plu-.

D'autres étaient vassaux par tenure ou mouvance de fiefs ; ils tenaient du roi ou de leur seigneur, comme nous l'avons vu, des propriétés en bénéfice , sous l'obligation du service militaire ; des hommes libres convertissaient même leur alleu en fief pour devenir vassaux du roi (1).

Les obligations des vassaux et des seigneurs étaient réciproques ; le vassal et ses compagnons avaient part aux faveurs du seigneur et vivaient

ton. » Nous dirons avec les continuateurs de Puffendorff et d'autres écrivains distingués : « La vraie raison de cet usage » des Gaulois et des Germains, c'est que toutes les nations » qui se servaient, comme eux, de mois purement lunaires, » comptaient le jour civil du coucher du soleil et du temps » où la lune paraît sur l'horizon. »

(1) Voici comment s'opérait cette mutation : * on donnait sa terre au roi, qui la rendait au donateur en usufruit ou bénéfice , et celui-ci désignait au roi ses héritiers. *" Large distinction entre l'alleu réduit en fief et le fief simple , quand le fief simple était révocable ou à vie. Cette distinction donna peut-être la première idée de la concession i de fiefs héréditaires.

Après les fiefs , et quand il n'y eut plus de terres à donner, la faiblesse des rois accorda l'hérédité aux comtés et à d'autres charges publiques , ce qui acheva , comme nous l'avons (fit, de ruiner la puissance royale.

* Marcul, liv. 1", formule 13, cité par Montesquieu, esprit di Lois, liv. xxxi, chap. vin.

** Il peut paraître singulier que des hommes libres convertissent en fiefs leurs biens allodiaux; mais les vassaux du roi jouissaient de tant de privilèges * que ce titre fut brigué et obtenu par tonte espèce de sacrifices.

'Mointesq. \Esprit des lois, 1. xxx,chap. vm ) mentionne quclquJ uns <\e cet privilèges,

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en sûreté sous sa protection. C'était un contrat cimenté par des sermens ; l'inférieur (junior), en le prêtant, mettait ses mains jointes dans celles de son chef (senior).

On trouve le germe de cette institution, qui fut la base de toutes les autres, chez les Germains de l'époque de Tacite. D'après cet historien, chaque capitaine ou chef était accompagné d'un certain nombre de partisans ou vassaux, qui faisaient son cortège en temps de paix , et le suivaient au combat en temps de guerre. Ils regardaient comme un devoir indispensable de combattre à ses côtés , et comme une honte de lui survivre (1). Il y aurait eu honte aussi pour le chef de le céder en valeur à ceux qui le suivaient.

Rien n'indique que ce lien entre le vassal et le seigneur entraînât, vers le ixe siècle en Lombardie , une aussi complète abnégation de soimême, un dévouement aussi absolu ; mais les Saxons, qui, à cette époque, dominaient en Angleterre, y faisaient revivre ces coutumes germaines dans leur sauvage et romanesque héroïsme.

On lit dans l'histoire d'Angleterre de Lingard, que lorsque Cynewulf, roi deWessex, fut surpris

(1) Tacite, Germ.3 13 et 14.

dans l'obscurité de la nuit (1), ses hommes refusèrent d'abandonner leur seigneur et même de lui survivre ; que, le lendemain matin , les quatre-vingt-quatre compagnons de Cyneheard, meurtrier de Cynewulf , quoique enveloppés leur tour par des forces supérieures, rejetèrent l'offre qu'on leur fit de la vie et de la liberté j et qu'ils aimèrent mieux succomber dans une lutte sans espoir, que de violer la foi qu'ils avaient jurée à un proscrit (2).

Nous nous sommes occupés des grands et des, petits vassaux , voyons ce qu'on entendait pai hommes libres.

Les hommes libres étaient ceux qui , d'un côté , n'avaient point de bénéfices ou fiefs , et qui, de l'autre , n'étaient ni aidions, ni soumis à la servitude de la glèbe. Pour jouir de la qualité d'homme libre il fallait , en outre, prouvei qu'en meubles et immeubles on possédait le wideschild , qu'il ne faut pas confondre avec le tvidrigild. Le tvidrigild, comme nous le verrons

(1) Année 78k

(2) Lingard , T. Ier, pages 226 , 227 et 228. — Cet lus torien cite : la Chronique sax. , 57, 63. — liant , 196 197. — Flor., adanno 784. — Malins., 7. — Etlwlw. fi77. — W 'astmih. , ad anno 786.

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à l'article des compositions, était la valeur donnée par estimation à chaque individu, et le wideschild était la valeur fixée pour pouvoir être déclaré homme libre.

Acte public était dressé de la demande de tout individu voulant faire constater sa position d'homme libre; cet acte mentionnait le jugement intervenu (1).

Des hommes libres, trop pauvres pour pouvoir justifier du wideschild , allaient demeurer dans des terres appartenant à quelque seigneur ou à quelque établissement religieux, et y prenaient un tènement. L'état de ces individus était mitoyen entre celui des serfs et des hommes libres ; on les assimilait aux aidions , dont le sort rappelait les anciens affranchis (liberti).

D'autres hommes libres, sans y être forcés par une extrême pauvreté , cherchaient , en payant un cens à quelques seigneurs ou à quelque congrégation, à se faire considérer comme al-

(1) Giulini * cite une requête et une décision de juges dans une affaire de ce genre. L'acte qui en fait foi est signé par le tribunal. Il y est dit que quelques juges , ne sachant pas signer, y tracèrent une croix , après avoir posé la main sur la sentence en original, formalité qui se certifiait par ces mots , Maman posait. Cet acte est aussi signé par le notaire qui affirme le tout.

* Giulini, Stor. di Mil., tom. 1".

(lions pour s'exempter du service militaire. Cette fraude était punie quand on la dénonçait à l'autorité (1).

Les aidions ou affranchis (liberti) étaient les serfs qui avaient passé de l'état de servitude à celui de liberté.

Les serfs devenaient libres, soit par disposition testamentaire de leur maître (2) , soit en recevant de leur patron un denier, soit par un acte écrit et entre vifs de libération.

Les premiers s'appelaient, en Lombardie, fuifreales ou amund, les seconds denariales homi^ nés, les troisièmes chartularii ou libellaini (3), Ces affranchissemens ne donnaient pas l'état complet d'homme libre.

La carrière des armes était interdite aux aidions (4).

(1) Gitjlini cite un acte duquel il résulte que deux hommes libres s'étaient attachés comme serfs à une terre , et payaient un cens au maître , pour être considérés comme aidions et se soustraire au service de la milice. ( Storia di Milano, T. Ier. )

(2) Si un seigneur ayant une fille , rendait libres par testament tous ses esclaves, la loi considérait cet acte comme injuste , et la fdle était autorisée à retenir pour son servi(j le tiers des esclaves de son père. ( GlTJLINI, T. rr. )

(3) GlULINI, ibid.

(U) Les Goths, répandus en Espagne, se trouvant trop faibles contre leurs ennemis, établirent que tous les aflVanchisdufisc (royaux) iraient à la guerre, sous peine d'être ri duits en servitude. [Loi desVisigoths, liv. m, T. Ier, § 1,r.)

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