‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 117 sur 246 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

sentiment d'humanité : le mépris et la méfiance ehez des maîtres orgueilleux et cruels, voilà ce qui tenait cette classe malheureuse loin des vicissitudes de la guerre ; ou bien, si on les appela quelquefois, comme chez les Visigoths, dans les rangs de l'armée , ce fut pour partager, non l'honneur et les profits d'une expédition guerrière, mais ses fatigues et ses périls, toutes les fois qu'un danger trop grand forçait de recourir aux ressources extrêmes.

Le sort des serfs ou esclaves , à quelques nuances près , était partout le même chez les peuples divers qui couvraient la surface de l'Eu* rope dans ces temps reculés. Partout oppression et ignominieux traitemens ; leurs personnes, leurs familles, leurs biens, de quelque nature qu'ils fussent, étaient la propriété de leurs seigneurs , sauf quelque misérable pécule longuement, péniblement amassé, et qui servait quelquefois à leur rachat. On disposait d'eux par donation ou par vente (1); on les cédait, avec les terres, à un nouveau propriétaire; on les partageait par testament à ses héritiers : ils

(1) Dans les premiers temps , la vente des serfs , enLomhardie , ne pouvait avoir lieu qu'en présence des comtes ou des commissaires royaux. Des lois ultérieures permirent ([ue cette vente se fît devant des agens inférieurs , pourvu

étaient garans entr'eux de leur conduite respective.

La servitude , au ixe siècle , bien que mitigée dans ses rigueurs comparativement au régime des vieilles républiques de Sparte et de Rome, n'en était pas moins un outrage à l'humanité.

Des souverains, n'osant abolir la coutume, s'efforcèrent, en multipliant les obligations des maîtres envers les serfs , d'adoucir la situation de ces infortunés ; ainsi , par exemple, des lois furent promulguées pour assurer la subsistance des serfs et de leurs familles : l'honnêteté des

que les esclaves ne sortissent pas du royaume : Foras marcam nemo municipia vendet.

Nous ne savons si Ton a pu dire ensuite de la vente des esclaves en Lombardie , ce que Lingart a écrit sur ce commerce chez les Ànglo-Saxons :

« On voyait , dit l'historien anglais , ces malheureux ven- » dus pêle-mêle avec le bétail dans les marchés , et nous » avons des raisons de croire que le prix d'un homme était » ordinairement quatre fois celui d'un bœuf. L'octroi pa\é » pour l'achat d'un bœuf, au marché de Lewes, était d'un » penny ; celui d'un homme, de quatre. On mettait un haut » prix aux femmes enceintes. » ( Ling. , Histoire d'Angl. , Ier supplément, pages 569 et 570. )

Les ilotes , chez les vieux républicains de Sparte , les esclaves de la république romaine , n'étaient pas mieux traités : et la classe noire ne subit pas un moins monstrueux esclavage au milieu de la superbe philosophie du \i v siècle , dans d'autres républiques , chez des peuples éclairés par le flambeau du christianisme, et réputés les peuples libres par excellence

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