LIVRE II. CHAPITRE II
maison , pour que le soleil et la pluie n'interrompissent pas les causes.
Les comtes, les juges et leurs assesseurs ne pouvaient prononcer leurs sentences qu'à jeun.
A jeun aussi devaient être les témoins et les parties qui étaient appelés à prêter serment.
Le tribunal entendait la plainte et la réponse des plaideurs, examinait ensuite les pièces écrites s'il en existait, passait à l'audition des témoins, puis prononçait son jugement (1), à moins qu'après toutes ces formalités il ne se trouvât pas suffisamment éclairé, et, dans ce cas, on avait recours au serment. Si les deux parties étaient également prêtes à jurer, l'affaire, pour éviter un parjure , se terminait par le duel entre les plaideurs et leurs champions.
La constitution de Charlemagne, insérée dans la loi des Lombards (2), voulut que ceux à qui cette loi permettait le duel combattissent avec le bâton.
(1) Celui des plaideurs qui, mécontent de la sentence, se refusait à l'exécuter et n'en appelait * pas ( ce qui se nommait blasphemare) , était incarcéré jusqu'à ce qu'il eût choisi un des deux partis qui lui restaient à prendre.
(2) Liv. Il, T. v, § 23. — Giulini, Storia di Milano, T. Ier.
* Montesquieu el (iudini. Cet appel devait être t'offre du combat ou des autres preuves; car, comme nous le vei\rons. les jugemeng, à cette époque, étaient prononces on dernier ressort,
Un capitulaire de Louis-le-Déboimaire donna plus tard le choix de combattre avec le bâton ou avec les armes (1). Dans la suite, les serfs seuls combattirent avec le bâton (2). Les Francs lrouvèrent l'usage du combat judiciaire établi en Italie par les Lombards. Les lois saliques d'abord ne l'avaient pas admis : la loi des Ripuaires, et presque toutes celles des peuples venus de la Germanie, recevaient cette preuve. Le clergé commença à déclarer impie, et approuva dans la suite, cette loi nouvelle qui metlait un frein au sacrilège. L'épreuve du combat s'étendit non seulement aux causes civiles, mais encore aux affaires criminelles ; elle faisait dépendre la fortune , l'honneur et la vie des hommes trop souvent du hasard , mais du moins d'un hasard que maîtrisaient en quelque sorte le courage et la force; tandis que, dans les preuves négatives, dans le serment, l'audace d'un fourbe , le cynisme d'un parjure disposaient souvent aussi de la vie, de l'honneur, de la forlune des citoyens.
Ces combats étaient appelés le jugement de Dieu.
(1) Capit. ajouté a la loi salique, sur l'an S M).
(2) BEAUMANOIB, châp. iai\ , page 523; Cité [wu M<>NTi;soni,i . Esp. des Lois, T. xxvm, chap. xi\\.