LIVRE lï. (J1APITHE II
La même dénomination fut donnée à Tune des plus singulières folies de ces temps barbares i à l'épreuve de Veau froide, de Y eau bouillante, du feu ou de la croix.
Etienne Baluze a rassemblé toutes les anciennes cérémonies de ces épreuves : elles commençaient par la messe; on y communiait l'accusé; on bénissait, on exorcisait Veau et le feu.
Dans l'épreuve de l'eau froide, quand il s'agissait d'un procès criminel , on garrotait le prévenu et on le jetait dans l'eau. S'il tombait au fond, il était jugé innocent ; s'il surnageait , on le considérait comme coupable.
Dans les procès civils , la défaite était pour qui surnageait. Cette épreuve ayant donné lieu à des ruses qui faisaient éluder le châtiment ou triompher une mauvaise cause , Louis-le-Débonnaire la fit supprimer (1) en 829, par le concile d'Attigny (2) qui crut devoir y substituer l'épreuve de Veau bouillante.
(1)« Cette triste coutume, » dit Voltaire, * « proscrite de- > puis dans les grandes villes , s'est conservée jusqu'à nos » jours dans beaucoup de provinces. »
C'est à nos yeux une des mille preuves que les usages , quelque absurdes qu'ils puissent être , sont souvent plus forts que les plus sages lois
(2) Cette première injonction fut insuffisante , car Lothaire dut encore prononcer l'abolition de cette coutume
* VotTAJHE, Hist. Génér. , chap. xvm.
L'épreuve de Veau bouillante ou du feu consistait, pour le prévenu ou les plaideurs , à mettre la main dans une chaudière d'eau bouillante ou sur un fer rougi par le feu.
On enveloppait la main dans un sac que l'on cachetait ; si, trois jours après, il ne paraissait pas de marque de brûlure, on sortait vainqueur et purgé de l'accusation dans les causes criminelles. Cette épreuve était plus particulièrement destinée à la conviction de l'adultère. Au civil, celui dont la main avait le moins souffert , gagnait sa cause.
EnLombardie, l'individu qui était accusé d'un crime capital , subissait l'épreuve du feu quand il n'avait pas d'autre moyen de se disculper. Dans cette épreuve, l'accusé marchait les pieds nus, sur neuf barreaux de fer rougis par la flamme ; si ses pieds restaient intacts, son innocence était proclamée. On sait qu'il y a des secrets pour soutenir l'action du feu , sans péril, pendant quelques secondes. Ces secrets, comme le dit Voltaire, étaient alors d'autant plus connus qu'ils étaient plus nécessaires. Que devenaient donc ces absurdes jugemens éludés
dans sa constitution insérée au Code des Lombards . Ii\. m , T. \.\ , S 51.