‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 165 sur 246 · LIVRE III. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE II

brûlant pour marquer le front ou charger la mémoire de l'infâme qui prodigue l'injure ou seulement qui souffre qu'on outrage !

Le jeune roi de Lombardie , Lothaire , non content d'avoir usurpé l'empire, veut humilier son père qu'il a dépouillé.

Il y avait , à cette époque , un abus introduit dans l'Église qui défendait de porter les armes et d'exercer les fonctions civiles , pendant le temps de pénitence publique. Il vint à l'esprit de Lothaire et de ses complices , d'imposer au malheureux Louis cette peine infamante , sous le voile d'une humiliation volontaire, et de le dégrader pour toujours, en lui faisant infligerune pénitence perpétuelle. On cita l'exemple du roi visigoth déposé et soumis à cette expiation par le clergé d'Espagne, en 680 (1). « Ce fait fut rap- » pelé j » dit Voltaire \ « comme si un exemple » pouvait justifier un attentat (2). »

(i) On déposa Wamba pour couronner l'ambitieux Erwige, sous prétexte que le vieux souverain était devenu imbécile. Plus tard , Wamba ayant recouvré la raison , que lui avait momentanément ravie une boisson préparée à cette fin , dit-on, par Erwige, * les évêques, réunis en concile à Tolède, persistèrent dans leur rébellion et adhérèrent de nouveau à l'usurpation d'Erwige qui, de son côté , reconnu! leur être redevable de la couronne.

(2) Histoire générale , chap. \i\.

* Fekkeius, Hisf. d'Esp., nr part, siècle vu,

Le fils parricide convoque à Compiègne un simulacre d'assemblée nationale. Les seigneurs laïques , les évéques , les abbés qui lui sont le plus aveuglément dévoués , accourent en foule pour prendre part à cette honteuse saturnale. Toutefois, au moment de consommer l'œuvre d'iniquité , le cœur allait faillir à quelques uns, mais il se rencontra parmi les évoques un de ces génies audacieux jusqu'au cynisme, doués de ce caractère impérieux , de cette éloquence forte et entraînante qui imposent aux faibles, et font prévaloir l'illusion aux dépens de l'innocence qu'ils veulent opprimer.

Il fallait que tous les genres d'ingratitude vinssent marquer ces scènes de désordre. Ebbon, archevêque de Rheims, né dans l'esclavage, joignait à un haut degré l'intrigue et les talens qui font que des hommes, quelqu'obscure que puisse être leur situation première, finissent par s'élever au dessus de la foule et par l'éblouir, sinon pour toujours, du moins pour un temps. Louis, quand il n'était que roi d'Aquitaine, avait tiré Ebbon de la servitude et l'avait pourvu d'abbayes. Parvenu à l'empire, il confia l'important siège de Rheims à ce prêtre courtisan, dont la souplesse perfide avait capté toute s;i laveur, et qui, bientôt après, vendit s;i fidélité à Lothaire,

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