LIVRE 111. — CHAPITRE II
pour le prix sacrilège de la riche abbaye de Saint- Wast d'Arras (1).
Une partie de l'assemblée de Compiègne fut érigée en concile, sous la présidence d'Ebbon,
Le prélat factieux parvint à dissiper les terreurs des plus timides , et eut assez d'influence pour obtenir de ses lâches collègues la déposition de son bienfaiteur absent , et la condamnation de Louis à la pénitence pour le reste de ses jours.
Bientôt après, l'église de Notre-Dame de Soissons devint le théâtre d'un plus déplorable scandale (2). Louis était détenu dans le monastère de Saint-Médard ; Lothaire, suivi de trente évoques et d'une foule de chanoines et de seigneurs, part de Compiègne et se rend à Soissons. L'empereur Louis comparaît dans l'église en présence de cette assemblée de rebelles et d'un immense concours de ce peuple que fait toujours accourir l'appât d'un supplice, quel qu'il soit* On fait étendre un cilice devant l'autel : Ebbon , qui préside à Soissons comme à Compiègne, ordonne à l'empereur d'ôter son baudrier, son épée , son manteau , et de se prosterner sous le
(\) Plod., liv. il, chap. XX. — Cité dans V Histoire de C Eglise, par B.-B. , T. IV, page 3^9. (2) Année 833.
ciliée. L'amertume de cette humiliation ne paraissant pas suffisante, on contraint l'infortuné monarque à faire en public l'aveu de ses prétendus déportemens ; on lui met en main un écrit qu'il lit à haute voix , et dans lequel il s'accuse de sacrilège, d'homicide, d'avoir fait marcher ses troupes en carême, et d'avoir indiqué un parlement, un jeudi saint. Louis, arrosant la terre de ses larmes, demande luimême la pénitence publique , et reçoit l'habit de pénitent au milieu des sanglots de la multitude qui , si elle est toujours avide de spectacle, n'est pas toujours sans sympathie pour les victimes d'une injuste oppression.
Lothaire, le front serein ou plutôt radieux, jouissait de l'humiliation de son père , tandis qu'une partie des juges se repentaient déjà en secret d'avoir pris part à ces scènes odieuses. Procès-verbal fut dressé de cet acte dénaturé; Louis, dans cette relation, monument encore existant d'audace et de lâcheté , ne reçut pas le titre d'empereur; on l'y appelait : Dominus Li novicus, noble homme , vénérable homme.
Lothaire espérait justifier son indigne conduite parla publication de ce procès-verbal, tissu mal ourdi d'impudens mensonges; mais son attente fut trompée. La vérité se (il bientôt