‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 167 sur 246 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

jour : on vit clair dans cette œuvre d'iniquité ; on en détesta les auteurs, et de toutes parts un cri de réprobation s'éleva contre d'aussi grands coupables. L'indignation publique s'accrut encore quand on vit Lothaire défendre hautement de publier dans tout l'empire un acte quelconque au nom de Louis comme empereur et roi , et pousser la démence au point de vouloir anéantir le passé, en cherchant à effacer môme le souvenir de cette puissance qu'il venait de détruire! En effet , toutes les fois qu'il ne pouvait éviter de mentionner Louis dans ses décrets, l'insensé affectait de ne le désigner que comme son père, et jamais comme empereur et roi ; titre que cependant, dans les mêmes actes, il prodiguait à son aïeul Charlemagne (1).

Tremblant qu'on ne lui arrachât sa proie à Soissons , Lothaire l'avait traînée à sa suite jusqu'à Aquisgrana. Là on sait bientôt les durs traite -

(1) Giulini cite, à l'appui de cette observation, un diplôme expédié d'Aquisgrana par Lothaire , en faveur d'un évêque d'Arezzo. Ce même historien ajoute , toutefois , qu'on maintint dans les chartes milanaises l'ancien usage de nommer l'un et l'autre empereur, et de désigner la date de l'un et l'autre règne; sans doute, parce que l'usurpation eut à peine le temps de jouir de son criminel succès , et que le triomphe du bon droit dut , dans ces contrées éloignées, s'apprendre presqu'en même temps que le succès de la révolte.

mens qu'il fait subir à sa victime , l'isolement auquel il la condamne, en la privant des soins de ses plus intimes serviteurs, unique consolation que le vieux monarque demandât dans son infortune. Plus que jamais , les coeurs émus de pitié s'exaspèrent contre celui que n'a pu corriger une récente et sévère leçon, et qui, par sa hauteur impérieuse à l'égard de tous , rend son joug par trop intolérable. Ses frères , en qui le cri de la nature se fait entendre enfin, avec d'autant plus de force qu'il se mêle à la voix de l'intérêt, ses frères de Bavière et d'Aquitaine lui demandent plus d'égards et d'humanité pour le malheureux captif , à qui , tous les trois , ils doivent et le trône et la vie. Le roi de Bavière se rend lui-même auprès de l'usurpateur ; mais il en reçoit l'accueil le plus insultant. Louis et Pépin, outrés de tant d'orgueil et de barbarie, réunissent une armée formidable et se liguent contre Lothaire qui s'enfuit de la Germanie et vient à Paris avec l'empereur, son prisonnier. La France toute entière se soulève enfin : on s'arme, on accourt de toutes parts : les évoques, les seigneurs se pressent en foule autour de leur vieux monarque, tombent à ses genoux, l'assurent, quelques uns de leur repentir, tous de Inn soumission, et remettent le sceptre dans ses

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