LIVRE III. CHAPITRE II
mains encore chargées de fers. La clémence du monarque accueille tous les coupables repentans. Lothaire ose prolonger un moment la révolte ; sa rage impuissante couvre de meurtres et de ruines des provinces dont l'enthousiasme, pour la restauration de l'empereur, est la plus sanglante réprobation de sa conduite ; mais , cerné de tous côtés , et prêt à mourir de famine avec son armée, il est contraint d'implorer à son tour la clémence d'un père si cruellement outragé. Louis oublie l'injure en voyant le coupable à ses pieds, et lui épargne l'aveu humiliant de ses forfaits : plus heureux de serrer dans ses bras un fils repentant que de recouvrer un empire, il se contente de le reléguer encore dans son royaume de Lombardie, avec ordre de n'en plus sortir sans son autorisation , et plus indulgent ou plus aveugle que pour la première faute de son fils , il lui rend le titre d'empereur.
Eh quoi! se dira-t-on peut-être, pendant que ces scandales , ces rivalités , ces collisions lointaines agitaient la France , les Lombards , ces fiers et naguère si puissans dominateurs de l'Italie, ne tentèrent rien pour secouer le joug des descendans de Charlemagne !
L'ombre du grand monarque et la terreur que son nom inspirait encore, protégeaient, au mit. i. 23
lieu de toutes ces vicissitudes , l'empire que son bras puissant avait fondé. D'ailleurs les Lombards n'habitaient pas seuls le royaume de Lothaire. Les Francs , en rendant aux habitans primitifs de la haute Italie leur dignité d'hommes et de citoyens ? telle du moins qu'on la comprenait dans ces temps reculés (1), les Francs, disons-nous ? avaient gagné ces vieux Romains à leur cause. Les règnes de Pépin , de Bernard, et les sages décrets des premières années du règne de Lothaire ? n'avaient fait que fortifier cette sympathie. Quant aux édits de ce dernier prince qui auraient pu refroidir les esprits, nous les avons vus amendés ou réformés par l'influence de Louis-le-Débonnaire.
Il ne devait donc rester en Italie que peu ou point de partisans de la cause lombarde, hormis quelques vieux lombards entêtés et demeurés hostiles au nouveau régime, mais trop impuissans pour remuer, pour agiter des masses qui se maintinrent dans le calme.
(1) On comprend notre pensée : toutes les classes d'habitans ne furent pas et ne purent être admises alors à jouir de ce grand^bienfait. La question de l'abolition de la servitude n'était, certes, pas encore parvenue à l'état de théorie, à une époque si rapprochée du berceau de la féodalité. Mais dé moins il fut donné aux princes Francs, souverains de t| Lombardic, de porler, par des décrets protecteurs, quelque adoucissement à la triste condition des serfs.