‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 184 sur 246 · LIVRE III. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE

gne. Jusqu'à ce jour nous avons vu ces pirates dévaster les îles de la Méditerranée sans oser encore aborder le sol de l'Italie ; mais l'Italie va s'offrir elle-même à la cupidité de ces redoutables corsaires ; leur présence dans la Péninsule va devenir sa plaie la plus dévorante et l'occasion de nobles efforts pour quelques uns des descendans de Charlemagne. Nous allons bientôt voir les Maures y apparaître sanglans , gorgés de rapines et de meurtres , tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, et renaissant toujours alors qu'on les croit anéantis... Tout est bizarre et merveilleux , mœurs, caractère, invasion, marche, progrès dans ce peuple qui marque d'une manière si fatale et si brillante à la fois dans l'histoire de ces temps reculés.

L'empire romain existait encore , et sa partie occidentale était dévastée par les Huns, les Goths et d'autres peuples nomades du Nord , quand Mahomet jeta, dans les déserts de l'Arabie, les fondemens de la religion et de la puissance musulmane. Deux siècles à peine avaient passé sur les cendres de cet habile imposteur , que déjà les sectateurs de sa croyance étendaient leur domination sur les trois Arabies , l'Egypte , la Syrie , la Perse , la Mésopotamie , l'île de Crète , toute la côte septentrionale d'Afrique, l'Espa

gne, la France méridionale, et avaient même porté le fer et la dévastation jusque dans les plaines de la Bourgogne et de la Champagne.

Les victoires de Charles-Martel avaient délivré la France de ces flots de barbares ; mais leurs défaites et leurs sanglantes discordes , tout en les affaiblissant , ne les avaient pas anéantis! Peuple étrange , fanatique pour la foi religieuse aussi bien que pour la conquête ; austère et voluptueux à la fois comme son prophète; généreux et cruel comme lui ; hospitalier et se gorgeant de rapines ; ami de la poésie , passionné pour les arts et livrant aux flammes les livres précieux amoncelés \ depuis des siècles , dans les dépôts de la science humaine. Dans ces temps de gloire et de conquêtes , il passa sur l'Europe comme un de ces brillans météores qui éclairent un moment , qui éblouissent et qui laissent après eux des ruines.

Tels furent les Arabes en Europe ; et tandis qu'ils la ravageaient, cette pauvre Europe, tandis qu'ils la disputaient aux barbares des régions nordiques, d'autres Arabes faisaient, en Asie, revivre l'âge d'or sous la race des Abassides , vainqueurs des grossiers Ommiades \ Giaflar tondait Bagdad ; Al-Raschild rendait su cour l'asile des sciences el des arts, bannis depuis long-

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