LIVRE III. CHAPITRE III
temps du reste de l'univers, et aidait Charlemagne à les ressusciter en Occident : sans lui le grand roi les eût vainement évoqués sur leur tombe.... A Al-Raschild succédait Mammon son fils, le plus juste , le plus généreux des princes qui aient occupé le trône des califes. Les mœurs des musulmans d'Asie contractaient, sous la race abasside, une douceur, une aménité qui en faisaient le peuple le plus hospitalier et le plus généreux de la terre.
Ainsi, cet âge que la férocité et les dévastations des Arabes rendirent si calamiteux pour l'Europe, fut, grâce aux Arabes, l'âge le plus beau, le plus glorieux pour l'Orient.
Disons-le toutefois pour être juste : des monumens empreints de poésie, de grandeur et d'élégance attestent qu'en Europe tout ne fut pas dévastation et barbarie sous la domination de ce peuple extraordinaire. Fatigué de ses demeures d'un jour sous tous les climats de la terre, il a, lui aussi, voulu que sa civilisation prît place parmi les civilisations européennes, et qu'il en restât d'éclatans vestiges , même parmi les peuples de la chrétienté. La Sicile, l'Italie, le midi de la France conservent quelques unes de ces brillantes traces dont l'Afrique et l'Asie sont couvertes; la mosquée de Cordoue, la gi~
ralda, l'alcazar de Séville, l'alhambra de Grenade sont encore de merveilleux et fantastiques joyaux pour la couronne d'Espagne.
La noble ambition de Charlemagne n'avait cherché à emprunter aux Arabes , pour le faire briller sur tout l'Occident , que le flambeau de la science et de la civilisation.... Jadis, les fils de Vitiza ? dans leur ambition aveugle , et le comte Julien , poussé par son ressentiment contre Rodrigue , avaient invoqué le fatal secours de leurs armes et attiré sur l'Espagne, leur malheureuse patrie, la dévastation et la mort.
Les ducs de Bénévent et de Salerne vont faire contre l'Italie ce que, deux cent treize ans avant eux, le comte Julien et ses complices avaient fait contre l'Espagne.
Jamais, hormis dans les premières années qui suivirent la mort du brillant Grimoald , jamais les ducs de Bénévent n'avaient été complètement soumis à la domination française ; cl ils n'eussent pas attendu, pour se montrer plus dociles , le moment où les vicissitudes de la France déchirée et morcelée par ses princes, envahie et ravagée par les Normands , retenaient loin d'eux celui qui eûl eu le droit de leur parler en maître.
Les ducs ou princes de Salerne avaient, de-