LIVRE Ier. CHAPITRE II
stantinople; trop affairés sur les bords de leur Bosphore, et incapables de soutenir par la force une puissance que tout minait en Occident , ils voyaient à regret se flétrir et tomber ce beau fleuron de leur couronne impériale.
Le mécontentement et les menaces de Constantinople, pour qui l'ambition des Lombards était depuis long-temps un juste sujet d'ombrage, n'avaient plus même l'honneur d'être comptés parmi les obstacles sérieux que pouvaient rencontrer ces hardis envahisseurs. Les foudres du Vatican étaient contre eux des armes impuissantes; le reste de l'Italie, qui ne les reconnaissait pas encore pour maîtres, était hors d'état de leur résister ; tout donc semblait devoir y subir leur joug; mais un obstacle s'était élevé puissant, infranchissable par la violence, et cet obstacle, ce bouclier tutélaire pour l'Italie, c'était la protection des Francs que la cour de Rome venait de se ménager.
Desiderio, en prenant l'héritage d'Astolphe, avait secrètement hérité de l'ambition de ses prédécesseurs. Le premier essai tenté pour intimider les papes, au moment où Pépin, occupé par sa guerre contre les Saxons, semblait hors d'état de la secourir, avait échoué par la rapidité des victoires de ce grand monarque.
Contraint de renoncer à la force, Desiderio eut recours à l'intrigue pour s'assurer la domination dans Rome et fomenter , comme nous l'avons vu , des discordes en France. Le siège pontifical était devenu vacant par la mort de Paul , successeur d'Etienne III ; Desiderio ose concevoir la pensée d'y faire appeler un simple laïque , sa créature , Constantin , frère de To ton, -duc de Neppi. Toton, poussé par le roi de Lombardie , se porte sur Rome avec une armée que viennent renforcer des populations tumultueuses gagnées à sa cause. La trahison ouvre les portes de la cité aux agresseurs; on proclame Constantin pape, au mépris de toutes les règles canoniques, et l'on force, par des menaces de mort , Georges , évêque de Preneste, à consacrer l'intrus. Un an plus tard, Desiderio, mécontent de l'indocilité qu'il rencontre dans celui qui ne devait être à ses yeux qu'un instrument passif de son ambition, suscite à Constantin un rival pour qui son or trouve des partisans et des armes. Le sang coule dans Rome ; la mort du duc de Neppi , tué d'un coup de lance dans la mêlée, est le signal de la perte de Constantin, qu'on accable d'outrages et qui meurt dans les tortures ainsi qu'un grand nombre de ses adhérons. Un moine, du nom de Phi-