LIVRE Ier. CHAPITRE II
lippe , est à son tour proclamé pape , sans plus de respect pour les lois de l'Église que lors de la consécration de Constantin.
Mais le clergé, les grands, le peuple de Rome, s'indignent enfin de subir de tels scandales. A la voix de Gristoforo , primicier de l'Église romaine, Philippe est chassé du Vatican ; Etienne IV est élu et consacré pape dans toutes les formes voulues par les canons ; un synode, réuni à Rome , flétrit et annule la double élection de Constantin et de Philippe.
Desiderio, furieux de voir échouer ainsi tous les moyens tentés d'établir son influence sur les papes dans Rome même, cherche à les blesser au dehors par des atteintes à leurs droits et à leurs prérogatives.
Il fomente dans les villes faisant partie des donations de Pépin au Saint-Siège, des troubles qui nécessitent son intervention et la présence des troupes de Lombardie dans leurs murs. Il dispose à son gré des sièges épiscopaux; son avarice fait un trafic de chaque vacance. Ainsi, à la mort de Sergius, évoque de Ravenne, Desiderio vend la mitre à un nommé Michel (1), qui dépouille l'Eglise épiscopale , de ses trésors les
(1) Gesta Pont, rom.9 T. rr, page 383 et suivantes.
plus précieux, pour payer sa dette de reconnaissance au roi lombard.
Etienne ne peut supporter plus long- temps d'aussi criants abus ; sur sa prière (1), la France intervient par des ambassadeurs; Michel est déposé , et le roi de Lombardie se trouve , par l'aveuglement de son ambition, avoir rappelé l'attention des Francs sur l'Italie.
Dès les premières négociations entamées au nom des deux jeunes monarques francs, Desiderio sentit toute la grandeur du péril dans lequel l'avaient jeté ses imprudentes démarches ; il eut recours à la politique pour le conjurer. Aidé par la reine Berthe , veuve de Pépin , il obtint que Charles et Carloman épouseraient ses deux filles Hermengarde et Gerberge (2). Tou-
(1) Gesta Pont. rom.9 T. Ier, page 383 et suivantes.
(2) Quelques auteurs l'appellent Berthe, d'autres Gerberghe.
Anquetil , * nous ne savons d'après quelle autorité , dit qu' Hermengarde était sœur de Desiderio. — V Histoire de l'Eglise j Anaslase , Giulini, Muratori , disent qu'elle était sa fille. — Pallatio ( Gesta Pont. rom. , T. Ier, pages 383 et 386) le dit formellement — Anquetil ne paraît pas non plus penser que Gerberge, veuve de Carloman, fût fille de Desiderio. Il la fait se retirer d'abord chez le duc de Bavière Tassillon , cousin de son mari , ** « et de là chez » Desiderio , dont Charlemagne , » dit-il , « avait répudié la » sœur , persuadé sans doute que le ressentiment qui devait
* iiist. de /v.,t. v, pai;ag. 1 . p. 372.
** Tassillon était fils d'une Aile do Charles-MaTle).