‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 21 sur 246 · LIVRE Ier. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Ier. CHAPITRE II

tes les instances , toutes les menaces du pape Etienne IV furent vaines pour empêcher cette double alliance : « Y songez-vous , » écrivait le Saint-Père , ce mais ce peuple lombard est cor- » rompu jusqu'à la moelle des os ; il est pétri » d'un sang infecté qui ne produit que des lé- » preux, et il est indigne, à tous égards, de s'al- » lier au sang illustre et pur des Francs (1). »

Pour faire plus d'impression encore, Etienne, avant d'envoyer sa lettre, l'avait déposée sur la confession de Saint-Pierre, en y célébrant la messe; à cette époque, on en usait ordinairement ainsi dans les affaires de haute gravité.

En dépit du pontife et de ses doléances, le mariage de Charles s'effectua ; celui de Carloman l'avait précédé.

Charles n'avait consenti qu'avec une répugnance extrême à devenir le gendre de Desiderio : aussi se sépara-t-il d'Hermengarde l'année suivante, après avoir fait déclarer cette princesse incapable de lui donner de la postérité. Il épousa , peu de temps après , Hildegarde , de la première noblesse des Suèves.

«rester au roi des lombards, de l'affront fait à sa sœur, » lui procurerait à elle-même un asile plus sûr dans son «royaume. » Il nous est démontré qu'Anquetil a commis une double erreur.

(1) Code Ca?\9 page U5.

Selon quelques auteurs , ce divorce aurait été conseillé au roi par les évoques eux-mêmes : si l'exactitude de cette assertion était incontestée (1) , on serait tenté d'entrevoir, sous ce conseil des évêques, la secrète influence de Rome.

Carloman était mort le 4 décembre 771 ; les grands de la nation avaient reconnu , pour seul maître ? le roi Charles, au détriment des fils de son frère. 4

Il se rencontre trop souvent dans l'histoire des plus grands hommes des pages qu'on voudrait pouvoir en déchirer ; cette injuste spoliation de ses neveux est une tache dans la grande et belle vie de Charlemagne. Qui sait si l'outrageuse répudiation dont fut victime Hermengarde , pour avoir peut-être plaidé secrètement auprès du monarque la cause des fils de sa sœur Gerberge, ne fut pas la conséquence de cette première faute?

(1) Histoire de l'Eglise, par B.-B. , T. IV, page 178. — Cette opinion est aussi celle de Fleury et de plusieurs autres historiens. Muratori la combat vivement dans ses annales; Mansoni * pense comme Muratori. On lit, du reste, dans Y Histoire des Papes , ( Gesta Pont. rom. , T. Ier, page 383) : « Aliam caiisam indiqnationis suce Desiderius » opponebat Romanis, nuptias scilicct filice suce à Stephano » papa impeditas cum Carolo Francorinn rege , eoqi/e ïn- » vito initas , sed eo procurante dissolut as. »

* Discours historique à la suite de la tragédie 6.' Adckhts, de Mansoni. Pag. 331 et 332. Edit de Florence, année 1835.

Page 1