LIVRE IV. CHAPITRE Ier
fureur de ces brigands, vint de nouveau se mêler aux acclamations joyeuses dont l'entourait tout un peuple qui lui devait une ère nouvelle de calme et de prospérité. La Pouille, la Calabre, le duché de Salerne étaient aux abois et invoquaient le secours du jeune monarque.
Louis se rendit dans le duché de Bénévent à la tête d'une armée nombreuse , et vint enfin mettre le siège devant Bari. L'attaque fut vive et la résistance non moins vigoureuse ; l'ardeur des troupes lombardes semblait enfin approcher du noble but de tant d'efforts ; déjà les machines de guerre avaient ouvert la brèche, et Louis allait ordonner l'assaut pour la nuit suivante , quand quelques uns de ses généraux le détournèrent de ce dessein , en lui représentant que la ville renfermait d'immenses trésors qui deviendraient la proie de soldats affamés de pillage , si on emportait la place de vive force , et qu'il serait plus convenable de la soumettre par capitulation. Mais, pendant la nuit, les Maures se hâtèrent de combler la brèche , d'élever un nouveau retranchement , et on les vit le lendemain braver leurs ennemis du haut de leurs remparts, et les poursuivre de leurs sarcasmes sur une aussi prudente temporisation (i)-. Louis, ajoute
(1) Erchemperto , Ibid., ann. 852.
Erchemperto , à qui nous empruntons ce récita reconnut , mais trop tard , la faute qu'on venait de lui faire commettre ; son armée ? harassée de fatigue, décimée par le feu de l'ennemi et par les privations de tous genres , avait besoin de repos ; un renfort promis par les Capouans n'arrivait pas ; les Maures 7 d'un jour à l'autre , pouvaient recevoir des secours : le jeune empereur reprit avec son armée la route de Lombardie, triste et honteux d'avoir échoué dans une entreprise qui semblait lui promettre une nouvelle occasion de gloire.
D'un autre côté , les États de Rome essuyaient de nouveaux désastres : les habitans de Centumcelles , dont les murailles étaient ruinées , n'avaient plus d'abri contre les insultes toujours renaissantes des Musulmans , que dans les forêts et sur les montagnes. Le cœur de Léon IV s'émeut au spectacle d'une telle misère; le saint pontife se porte lui-même au milieu de cette population fugitive et désolée (l) ; nouveau Moïse dans le désert , il ranime , par sa parole inspirée du ciel, le courage abattu de ces malheureux; cl l'inépuisable charité de celui qui vient de bâtir la cité Léonine, fail édifier à douze milles de Centumcellcs, sur un rnonl élevé el d'un
(l) Anastask.