LIVRE IV. CHAPITRE 1er
accès difficile , une ville nouvelle qu'il nomme Léopole. Deux ans suffisent au grand pontife pour mener à fin cette œuvre d'une magnifique charité. Ce ne fut que dans la suite des temps , etquand les côtes d'Italie n'eurentplus à craindre les barbares, que les habitans de Léopole, trouvant cette demeure moins commode que l'ancienne, retournèrent à Centumcelles qui prit , de là, le nom de Civita-Vecchia, ville vieille.
L'année qui suivit la dédicace de Léopole fut marquée par le concile tenu à Pavie (1), et que présida le jeune empereur Louis II : elle le fut surtout par la mort de Léon IV, et par celle de Lothaire.
Lothaire, avant d'aller rendre le dernier et redoutable compte de ses crimes comme fils, comme frère et comme souverain , descendit du trône, se jeta dans le monastère de Prumm, prit l'habit monastique et mourut six jours après avoir fait raser ce front parricide dont le contact avait achevé de ternir l'éclat de la couronne de Charlemagne.
(1) Année 855. On chercha dans ce concile à réprimer un grand nombre d'abus. On y condamna, entre autres, Tusage établi par plusieurs seigneurs laïques d'appliquer, sans le consentement des évêques , les dîmes levées dans leur territoire, à leurs oratoires particuliers, plutôt qu'aux églises paroissiales.
Ce prince , se sentant près de sa fin, avait partagé ses États entre ses trois fils.
Louis conserva l'Italie supérieure avec le titre d'empereur.
Lothaire eut les provinces renfermées entre le Rhin et la Moselle qui prirent de lui le nom de (Lottaringia) royaume de Lorraine.
Charles eut la Provence jusqu'aux environs de Lyon.
On sent que le roi de Lombardie dut être peu satisfait de ce partage. La modération de ses plaintes, sur lesquelles nous aurons occasion de revenir, épargna de nouvelles calamités à l'empire.
La succession de Léon IV, dont la mort avait précédé de quelque temps celle de Lothaire , faillit attirer de graves désordres dans Rome ', et fut l'occasion d'un schisme qui eut quelques mois de durée.
Renoît, Romain de naissance, prêtre-cardinal de l'Église de Sainte-Callixte , d'une piété aussi grande , aussi sincère que son humilité , priait, agenouillé au pied de l'autel de son église, quand le peuple et les prélats vinrent lui annoncer qu'on lui avait décerné la tiare. « Ne me » lirez pas de mon église, s'écria-t-il, les larmes » aux yeux, je suis incapable de soutenir le » poids d'une si grande dignité. » On l'entraîna
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au palais de Latran, et il fut installé dans la chaire pontificale , aux acclamations de la foule et des prélats.
Lothaire vivait encore: la paix un moment rétablie dans l'empire , la gloire récemment acquise par le jeune empereur Louis dont les secours pouvaient chaque jour devenir plus nécessaires contre les Sarrasins , l'exemple enfin du procès intenté à Sergius II i rendirent cette fois l'église de Rome plus circonspecte pour la consécration du pape ; des légats furent envoyés aux deux empereurs pour obtenir la confirmation (1) de l'élection de Benoît III (2). Les envoyés trouvèrent la cour de Lothaire prévenue contre le nouveau pontife : les intrigues d'un prêtre, qu'avait déjà anathématisé le pape Léon, prévalurent un moment contre le modeste et vertueux Benoît. Ce prêtre , appelé Anastase , soutenu par un parti turbulent que la protection des Français rendait audacieux , s'était emparé du palais pontifical pendant que les envoyés de Benoît étaient retenus à la cour impériale. Lothaire , un pied dans la tombe , eut peur de continuer à soutenir un schismatique contre lequel toute l'Église s'insurgeait. Privé de ce se-
(1) ÀNASi. , le bibtiot., In vità pap. Bened. II f.
(2) Hisu de VEgL, par B. B., T. i\\ p. 406, ann. 855
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cours puissant, Anastase fut, comme naguère le diacre Jean, chassé du palais des pontifes : on y ramena triomphalement Benoît qui y reçut le sacre solennel avec l'agrément des deux empereurs, le lendemain du jour de la mort de Lothaire (1).
On voit, par les faits que nous venons de rapporter et les dates précises que nous y rattachons , quel cas nous avons fait du conte absurde et scandaleux, exploité par les ennemis de l'église de Rome, sur la prétendue papesse Jeanne. Fable honteuse que l'on ose à peine rappeler aujourd'hui, et qui, malgré les efforts des ministres de Wiclef , de Luther et de Calvin , est tombée sous les coups de la raison et surtout du ridicule.
Il s'est trouvé des hommes qui , sur quelques mots obscurs d'un manuscrit tronqué de Marianus, ont affirmé, dans de longs mémoires, que le siège de Rome fut, entre Léon IV et Benoît III, occupé par une femme. Il n'est pas un détail de ce conte qui ne trahisse la plus dégoûtante haine contre le Saint-Siège. Cette fable, propagée pat le chef des hus sites, combattue, anéantie par Harmiius, le père Labbé el même par BUndel,
(1) (ilULINI. - llUHATÔtol, -2() Sept. 855.