‹ Histoire de la conquête de la LombardiChapitre 202 sur 246 · LIVRE IV. CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE Ier

tout ministre protestant qu'il était , n'a rencontré que le dédain auprès de la plupart de nos philosophes rationalistes du xvine siècle , qui ne se fussent point fait faute d'une pareille arme contre l'Église romaine, si cette arme eût été de trempe à porter quelques blessures sérieuses.

Voyons le tissu délicat et ingénieux de ce roman, quelque peu dégagé de ses innombrables variantes.

Au commencement du ixe siècle, les Saxons, subjugués par Charlemagne, ayant embrassé le christianisme, plusieurs savans hommes passèrent d'Angleterre en Allemagne pour instruire ces nouveaux convertis. Parmi ces savans était un prêtre : on n'en dit pas le nom. Ce prêtre avait enlevé une femme. Arrivée près de May ence, la femme mit au monde une fille qui reçut le nom de Jeanne ; d'autres l'appellent Agnès ; selon quelques uns elle fut appelée Gilberte ou Gerberte, ou Gerbergue, et, selon d'autres encore, Isabelle, Juste, Marguerite, Dorothée, Tulta* etc., etc. Cette fille, douée d'une grande beauté , montra dès l'âge le plus tendre un génie supérieur et un goût décidé pour les hautes sciences (1). Elle n'avait pas encore atteint l'âge

(1) Hist. de la Papesse Jeanne, imprimée à La Haye en 1758. 2 vol. in-12.

de douze ans , qu'elle inspira une passion violente à laquelle son jeune cœur ne put être insensible. Elle quitte le toit paternel , prend des habits d'homme , et, sous la conduite de son amant qui nécessairement est un moine, elle se rend en pays étranger pour y suivre les écoles des sciences.

Quelques auteurs la font étudier long-temps dans l'abbaye de Fulde où s'était cloîtré son amant; l'envoient de là, on ne sait pour quel motif, en Angleterre où elle continue ses études ; lui font repasser le détroit , toujours en compagnie de son amant tonsuré , et la coiffent du bonnet de docteur à l'Université de Paris. Un peu plus tôt , un peu plus tard , les auteurs la conduisent tous à Athènes , et lui font suivre , toujours de concert avec son séducteur, les cours des Académies qui , remarquons-le bien , au rapport des historiens les plus accrédités, avaient été détruites dans cette ville dès le ve siècle (1). Mais , n'importe , poursuivons :

La jeune et belle fugitive prit le nom de Jean l'Anglais, quoique née en Allemagne; on répond à cette observation qu'elle était d'origine anglaise. On tait le nom de son amant; nous

(!) Syrenius, Kp. 136.

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